Le Voleur qui comptait les cuillères

Lawrence BLOCK

Gallimard, 2016
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Mona de Pracontal



Bernie Rhodenbarr, le gentleman cambrioleur décontracté de Lawrence Block, continue de partager sa vie entre livres d'occasion le jour et rapines ciblées la nuit. Cette fois-ci, c'est un musée peu fréquenté qui tient lieu de théâtre à ses déambulations nocturnes chapardeuses. C'est une des rares fois où son amie toiletteuse pour chien lui sert de factotum. Un musée, n'est-ce pas, ça ne se cambriole pas comme un appartement de l'Upper East Side... Et l'objet de la convoitise de Bernie n'est, exceptionnellement là encore, pas le fruit de son envie personnelle mais celle d'un mystérieux commanditaire, M. Smith. Mais voilà, à travailler sur commande, il arrive que l'éthique (même souple !) d'un malandrin dilettante se frictionne quelque peu. Alors Bernie s'emmêle, et se mêle parallèlement de l'enquête que mène Ray Kirschmann son vieil ami/ennemi du NYPD sur un cambriolage qui aurait mal tourné. Toutes ces péripatétisations conduisent notre libraire new-yorkais préféré à rencontrer au passage moult charmantes créatures, accortes et généreuses de leur temps. La vie pourrait être plus dure...

Quarante années qu'il sévit, le bougre, et on marche encore et toujours pour ses héros. Il en a deux principaux, Matt Scudder, le flic alcoolique repenti et désenchanté, et Bernie Rhodenbarr, dont il est ici question. Les aventures de Bernie sont toujours délicatement embrouillées, délicieusement frivoles, joliment racontées, portant au sourire et à la gaieté plus qu'à la mélancolie. Récréatives en un mot. Ce livre-ci ne fait pas exception à la règle. Avec ce commanditaire-mystère collectionneur de... Mais non, je ne vous dirai pas de quoi, sinon que c'est saugrenu. Lawrence Block sait encore mettre au coeur de ses digressions polardeuses une excentricité feutrée, loin de toute ostentation. Avec son héros, on s'attache à se promener dans la ville qui ne dort jamais accroché aux basques d'un criminel suave qui est capable de rentrer par effraction chez autrui muni de quelques instruments tenant dans une poche de blazer et d'une pizza à l'ail. Excusez du peu ! Et aussi de résoudre un crime grâce à une odeur de cacahuètes. De mieux en mieux... Enfin, si vous ne vous offusquez pas d'un héros de roman noir clair qui carbure alternativement au whisky à l'eau et au Perrier-rondelle, glissez-vous dans un livre de Lawrence Block avec Bernie Rhodenbarr. Vous ne serez pas déçu.

Marion Godefroid-Richert

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