Le Printemps des corbeaux

Maurice GOUIRAN

Jigal, 2016



A la lecture de Gouiran, Marseille, c'est le panier de crabes. En suivant le destin de Louka, on va s'en rendre vite compte. Pas de parents chez lui, Louka fréquente la fac, mais pour quoi faire ? Louka fréquente la voisine, Irène, mais plus par habitude. Louka n'aime pas les autres, mais ne s'aime pas non plus d'ailleurs. Alors Louka va inventer des combines : petites d'abord comme de minables arnaques bancaires au montant limité à quelques centimes, puis, entraîné par des dettes de jeu, un vrai plan chantage envers d'anciens collabos qui visera rapidement la haute bourgeoisie marseillaise, là où il y a du fric. Parce que Louka et la morale ça fait au moins deux. On ne devient pas milliardaire sans quelques incartades, si ?

Comme d'habitude, avec Gouiran, l'histoire est à l'honneur. Celle de Maurice Papon requérant en 1943 des gendarmes pour escortes des "Israélites" vers le camp de Drancy. Ce sympathique Maurice Papon que l'on retrouvera ministre de Raymond Barre, en attendant la noyade des algériens en 1961 et Charonne l'année suivante ! Mais la politique n'est pas loin non plus comme ce socialisme omniprésent à cette époque et qui ne change rien pour l'homme de la rue. On imagine la même histoire écrite aujourd'hui, la réflexion eût été acerbe ! Gouiran revient sur cette période de l'accession de Mitterrand au pouvoir : lorsque la tête du nouveau président est apparue à la télé, les conservateurs ont imaginé les chars soviétiques roulant sur les Champs-Elysées comme l'arrivée des communistes inexpérimentés laissant le banditisme submerger la France. Le bordel, quoi !

Quel personnage que cette Mamété, la grand-mère qui vit emmurée dans son fouillis, entre ses Gitanes filtre, son rouge, ses Feux de l'amour et le déjeuner du dimanche avec le petit-fils ! La fin du livre modifiera quelque peu le regard de Louka sur celle qui ne sera plus jamais sa Mamété. Sacré retour de bâton pour le héros !

Sur la forme, un Gouiran est toujours un plaisir qui passe merveilleusement. Inutile de conter fleurette à l'homme aux quarante polars. Ici, on remarquera le texte parsemé de lettres de dénonciation rédigées façon Vichy, pour induire les campagnes de dons volontaires...

Cher Maurice, comme d'hab', j'ai aimé, de la petite histoire de ce Louka qui monte progressivement sur le chemin de l'arnaque à la Grande avec des souvenirs qui ont aussi peuplé mon jeune âge. Maurice, un jour faudra qu'on déjeune ensemble, on aurait sûrement des choses à échanger !

PS : suivez le conseil de Maurice, écoutez Sombre dimanche de Rezso Seress.

Marc Suquet

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