L'Affaire Arnolfini

Jean-Philippe POSTEL

Actes Sud, 2016



Les Epoux Arnolfini, un tableau de Jan Van Eyck, fait partie de ces peintures que tout le monde connaît sans forcément pouvoir identifier titre ou auteur. Il représente deux personnages se tenant debout dans un intérieur de style flamand. Un homme coiffé d'un vaste chapeau noir et vêtu de robes sombres lève la main droite. Sa main gauche soutient la main d'une belle jeune femme coiffée de dentelle blanche et habillée d'une lourde robe de brocart vert. Les deux sont tournés de trois-quart l'un vers l'autre. Un petit chien à leurs pieds, un miroir dans leur dos, un lit à leur gauche, une fenêtre à leur droite. On attribue souvent à cette scène la représentation d'épousailles d'un riche couple bourgeois du Moyen-Age. Mais la réalité est tout autre...

Un petit mot sur le livre lui-même d'abord. L'auteur et l'éditeur se sont attachés à faciliter la vie du lecteur et donnent des reproductions couleurs ou noir et blanc du tableau dans son entier ou de tel ou tel détail. Ces reproductions émaillent les chapitres et sont aussi présentes sur la couverture. La lecture est donc très aisée et évite la tâche fastidieuse d'aller pêcher une reproduction au mieux moyenne sur Internet.

L'essai à présent. A force d'exploration minutieuse d'archives et de connaissances historiques très complètes, l'auteur de cet ouvrage arrive à reconstituer au fil de son récit une passionnante enquête sur la véritable signification de ce qui est représenté. Nous avons la chance de pouvoir reconstituer fidèlement la liste des différents possesseurs de cette peinture et son évolution au fil du temps (car, oui, des éléments en ont été modifiés, et non des moindres !). Dès lors, sous nos yeux captivés se déroule un long et minutieux inventaire où le scientifique picturophile prend et décortique un à un tous les symboles nichés dans cette scène paisible au premier abord mais qui cache en fait un abyssal secret. Tous les éléments s'additionnent et délivrent un incroyable message, intact après six siècles d'existence (le tableau fut peint aux alentours de 1434). Une enquête digne de Sherlock Holmes et même d'Hercule le moustachu puisque s'y cache aussi une magnifique fausse piste. Non, je ne dévoilerai rien, ce serait trop dommage. Faites-vous plaisir et avant de lire ce petit opus de 135 pages, allez revoir ce tableau une première fois. Tâchez de décoder quelques-uns des indices et spéculez. Je vous mets au défi de trouver le début des prémices de l'interprétation finale qu'en fait l'écrivain, interprétation tout à fait convaincante d'ailleurs. Le résultat est que la peinture en sort grandie, et nos yeux brutalement dessillés en sont éblouis. Quel art, quelle maîtrise !

Chapeau !

Marion Godefroid-Richert

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