A vol d'oiseau

Craig JOHNSON

Gallmeister, 2016
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides



Bon, c'est le neuvième tome des aventures de Walt Longmire. Je dois avoir souffert d'une très longue absence, je ne m'étais pas aperçue que j'en avais loupé deux (Molosses et Tous les démons sont ici). Pas de panique, je vais réparer cette ignominieuse lacune ! Mais ça me handicape un peu, pour la lecture de cet ouvrage comme pour sa chronique. Tant pire, comme dirait Zézette-épouse X, je relève le défi.

Alors, voilà Walt et Henry. Ils doivent tout mettre au point pour le mariage de Cady (fille de Walt) avec Michael (frère de Vic Moretti, adjointe de Walt et partenaire horizontale occasionnelle). Cady a grandi à Absaroka et tient à se marier à un endroit précis de la réserve, qui se trouve être également réclamé par le conseil tribal pour un autre évènement (passons sur sa nature, ça n'entre pas en ligne de compte). Complexe négociation en perspective ! Alors Walt et Henry cherchent une solution de repli. Ce pourrait bien être Painted Warrior, où un à-pic vertigineux sculpté par le vent et les siècles présente un somptueux décor naturel, propice à une cérémonie d'importance. Pendant que les deux hommes visitent l'endroit, mauvaise surprise. Une jeune femme se jette dans le vide devant leurs yeux. A leur arrivée, ils découvrent l'impensable : elle a sauté avec son bébé dans les bras, un tout petit garçon de six mois. Walt va alors prendre à bras-le-corps cette histoire qui lui semble incompréhensible. De quoi compliquer à loisir les préparatifs de la cérémonie ! Surtout si on saupoudre le tout de la présence envahissante de la sublime Lolo Long, nouvelle marshall de la réserve qui a un caractère très, très soupe au lait...

La délicieuse routine instaurée par l'auteur marche maintenant à tous les coups (en tout cas avec moi !). Retrouver Walt et sa bande est comme se glisser dans un bain tiède quand il fait froid ou frais quand il fait chaud, c'est selon. Délassement garanti. On est attaché à cette smala comme à des cousins lointains qu'on ne verrait qu'à Noël mais indispensables à la réussite de la fête. L'humain prime dans tous les récits de Craig Johnson. C'est ce qui fait leur charme. Pas de détail sanglant, macabre, voyeur dans ces pages. L'auteur sait trouver les mots pour traduire toute la violence du fait divers "banal" et nous passionner pour l'enquête qui en découle. Il le fait avec sa nonchalance, sa tension intérieure, sa passion pour les gens en général et sa région en particulier. Sans oublier l'humour ! Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ce savoureux échange entre le shérif et le chef de la réserve, Lonnie Little Bird (p. 12) :

"Je n'aime pas avoir affaire à elle, elle a l'Alzheimer indien.
- Que veux-tu dire, Lonnie ?
- C'est quand on oublie tout sauf les rancunes."

Bref, du plaisir de lecture. De l'intrigue, pas grand chose à critiquer. Une trame très classique mais très bien utilisée, pour faire une toile de fond très convaincante à cette étape décisive de la vie de notre shérif préféré du "comté le moins peuplé de l'Etat le moins peuplé des Etats-Unis". L'ajout de la belle policière indienne à la clique d'Absaroka laisse présager un prochain tome intéressant, quand le facétieux auteur lui fera rencontrer Vic Moretti, la truculente adjoint de Walt. Encore plus de plaisir en perspective !

Marion Godefroid-Richert

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