L'Affaire Léon Sadorski

Romain SLOCOMBE

Robert Laffont, 2016



"Si l'on s'apitoyait sur tous les sorts, on n'arriverait à rien." (p. 73)

"Tout est clair et net, la France et Paris peuvent compter sur Sadorski et ses camarades pour faire régner l'ordre." (p. 260)

Paris, début avril 1942. Après douze années de vie commune, Léon Sadorski est toujours amoureux d'Yvette, sa femme, ce qui ne l'empêche pas de s'offrir "de petits extras" et de lui cacher "des désirs pervers" qu'il a du mal a refouler. Né en Tunisie en 1900, d'origine alsacienne en plus de polonaise, Léon Sadorski est "un bon Français" : engagé volontaire en 1917, Médaille militaire et Croix de guerre... Il est pétainiste et antisémite. Il déteste les francs-maçons, "les terroristes"... Il n'aime pas trop les Allemands mais leur reconnaît une certaine efficacité. "Un bon Français", vraiment...

Léon Sadorski - Sado, comme l'appellent ses collègues et ses indics - est Inspecteur à la 3e Section des Renseignements généraux. Policier expérimenté, efficace. Un flair, de l'instinct. Son travail ? Contrôler, arrêter les Juifs avant de les envoyer à Drancy. Il se montre très zélé dans l'accomplissement de cette tâche et tout le monde le considère comme un bon flic. Oh bien sûr, il est un peu menteur, tricheur, manipulateur... Il n'est pas contre les pots-de-vin pour améliorer l'ordinaire et offrir des cadeaux à Yvette. Il les accepte, les sollicite, les exige... Un bon flic très corruptible !

Brusquement "convoqué" à Berlin en tant que témoin dans une affaire, Léon Sadorski est emprisonné et quelque peu malmené... Le but de la Gestapo : en faire son informateur privilégié, sa taupe à la Préfecture de police. La première mission qu'il se voit confier : retrouver une de ses anciennes maîtresses, Thérèse Gerst, que la Gestapo soupçonne d'être une espionne russe. Notre policier zélé va, de plus, se lancer seul, sans en faire part à quiconque, à la recherche des assassins d'une jeune fille droguée des beaux quartiers, réputée pour coucher avec les soldats de la Wehrmacht...

Dans une note bibliographique à la fin de son ouvrage, Romain Slocombe précise : "l'idée de ce livre m'est venue de la découverte fortuite, aux Archives de la Préfecture de police, d'un rapport des Renseignements généraux"... Il ajoute : "L'affaire Léon Sadorski" est une fiction... inscrite dans une réalité, celle des activités d'une large fraction de la police française, ses chefs en premier lieu, entre 1940 et 1944 - ici tout particulièrement des hommes de la 3e Section de la direction des Renseignements généraux, et de sa participation active au génocide...

En s'appuyant donc sur une documentation impressionnante, Romain Slocombe a reconstitué cette époque trouble, difficile pour la France. Avec Monsieur le commandant, il avait déjà abordé, avec succès, il y a quelques années, cette époque tourmentée. Mais, dans L'Affaire Léon Sadorski, la France de l'Occupation, de la collaboration est vue du côté des forces de l'ordre et de la police.

 Au centre de l'intrigue, l'inspecteur Léon Sadorski. "Le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs". "Un salaud ordinaire" qui profite et abuse de "son petit pouvoir". Un salaud qui, à la fois, fascine et révulse le lecteur, pendant près de 500 pages.
Ce roman noir, très noir, à l'atmosphère lourde, très lourde, ce roman "historique" qui entraîne le lecteur "dans les abîmes de la collaboration et de la mauvaise conscience française" donne à réfléchir non seulement sur l'époque passée, mais encore sur l'époque présente... et future. L'Affaire Léon Sadorski est un roman passionnant, un très grand roman, un immense roman.

Pour conclure, citons Frédéric Pagès (Le Canard Enchaîné, mercredi 7 septembre 2016) : "Slocombe - une trentaine de romans au compteur - taille sa route discrètement. Il serait temps de s'apercevoir qu'il est l'un des meilleurs auteurs français d'aujourd'hui."

Roque Le Gall

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