Régis

James OSMONT

CreateSpace Independent Publishing Platform, 2016



Avec Régis, le lecteur plonge dans la pensée angoissée d'un malade psychiatrique. Celle d'un homme qui vit en lui-même et chez lequel on ne perçoit jamais bien le côté où il va basculer. Le roman est la chronique journalière, ou parfois un peu moins, d'une période s'étendant de novembre 2015 à janvier 2016, encadrant donc, bien sûr, les attentats parisiens dont l'auteur avoue qu'ils ont été l'élément déclenchant pour la rédaction de ce premier roman. Le texte est la chronique intimiste d'un homme tourmenté et de ses voisins d'établissement qui le sont tout autant, d'un patient fréquentant les services psy depuis seize années et qui gère avec difficulté ses crises d'angoisse comme ses obsessions. Un équilibre soutenu à bout de bras par Sandrine l'infirmière-amie comme par Amine le copain de lycée, mais qui demeure le plus souvent instable. L'équilibre se fracturera avec la sortie de prison du Prédateur, secondé par ses numéros un et deux, vendeurs de shit dans la maison d'arrêt, mais aussi à l'occasion de troubles relations menées avec une étudiante en stage dans le service psychiatrique.

L'auteur connaît parfaitement ce milieu puisqu'il est lui-même infirmier psy depuis une dizaine d'années. Un professionnel qui s'avoue enrichi par le côté humain du travail avec les malades mais désespéré par l'aspect administratif et la lourdeur du système qui transforme les services de soins en prestataires, peuplés de patients-objets et incapables de construire des projets en vue de la sortie des patients. Une critique qui s'étend à la prison, y dévoilant également la faible prise en compte de l'humain.

Les chapitres sont courts et rythmés, centrés sur les pensées intimes du patient. Le style souvent descriptif, est agréable même si parfois un peu complexe, utilisant à l'occasion des mots pour lesquels la proximité d'un dico ne s'avère pas de trop ("nictitantes", "élation", "peccamineuse", "quérulent") ou encore des phrases parfois difficiles à incorporer ("le fil imaginaire qui ordonnait si maladroitement sa psyché se tendait à chaque saut logique, manquait de rompre à chaque intuition, s'emmêlait à chaque montée d'angoisse").

Et pourtant, le lecteur émerge de ce dialogue intimiste avec le sentiment d'avoir côtoyé de près, de très près, des personnalités en pleine tourmente. Une occasion de se placer dans des mondes parfois délicats à percevoir pour laquelle on ne peut que remercier l'auteur. Au final, on sort du livre de James Osmont avec le sentiment d'un déséquilibre, tant le sujet est dérangeant mais en même temps prenant. Merci, M. Osmont !

Marc Suquet

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