La Longue Utopie

Stephen BAXTER, Terry PRATCHETT

L'Atalante, 2016
La Longue Terre, T. 4, traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Mikael Cabon



Pas besoin de revenir sur l'intrigue de ce quatrième tome, brillamment restituée par la divine Anne-Catherine. A propos de ce récit choral et rédigé à quatre mains, difficile de faire un résumé qui donne le goût de se plonger dans l'intrigue plus que le pitch de départ, qui est pour cette pentalogie suffisamment alléchant (si vous voulez savoir de quoi il est question, prière de se rendre sur les chroniques précédentes sur le site). J'en entends râler d'ici : et bla bla l'anglicisation rampante de notre magnifique langue maternelle, que vient faire dans une chronique littéraire une petite brioche industrielle parfumée au choix à la confiture ou bien au chocolat ? Eh bien, il faut savoir qu'à ce jour on (je) n'ai pas trouvé de terme adéquat en français pour désigner une idée de départ d'oeuvre de fiction qui tient en quelques mots concis. C'est vous dire qu'il est heureux que je ne me sois pas lancée dans la traduction pour gagner ma vie, ni même dans la pâtisserie. Avec mon bol habituel de toute façon, j'aurais peut-être échoué chez Whiskas à élaborer des recettes de gâteau d'anniversaire pour animal de compagnie diabétique.

Mais bon, tout ceci ne vous renseigne pas beaucoup sur La Longue Utopie. Tout comme Anne-Catherine, enchantée d'avoir des réponses à quelques questions, heureuse des nouvelles aventures des héros, un peu frustrée des pistes qui s'achèvent en impasse ou bien s'évaporent dans le néant. Ce qui m'a plu dans ce quatrième volet est cette idée reposante d'une alternative décroissante à l'expansion vorace humaine. Les auteurs permettent le fantasme d'un avenir possible où, vivant dans une bande restreinte de réalités parallèles, des colons pourraient subvenir à leurs besoins par glanage, chasse modérée et troc relatif. Cela abolit de fait la notion d'accumulation de biens matériels, cette maraude permanente nécessitant une légèreté de bagage et un recentrage personnel sur d'autres préoccupations que capitalistes. Pourquoi pas même imaginer une humanité en quête d'équilibre plutôt que de prospérité, plus apte à la contemplation qu'à la conquête ? Dans le récit, cela concerne toute une proportion des jeunes générations nées dans la Longue Terre, qui ont connu de près la Primeterre et vu le résultat des erreurs historiques commises par l'ensemble des peuples humains. Ce quatrième tome a une teinte un peu plus philosophique que les précédents. Même les Suivants y acquièrent une aura plus apaisée que dans La longue Mars, le tome précédent. Ambitieux, et un peu nostalgique. Il faut certainement y voir le reflet de la peine du survivant, puisque Terry Pratchett nous a quittés entretemps.

Enfin, moi aussi je reste à l'affût du dernier tome et de la conclusion de cette inhabituelle aventure humaine et littéraire. Vivement la longue... fin ?

Marion Godefroid-Richert

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