Dossier 64

Jussi ADLER-OLSEN

Livre de poche, 2016
Traduit du danois par Caroline Berg



La vie un peu compliquée de l'inspecteur Carl Morck s'enrichit à loisir au fil du temps. Nous sommes en automne de l'année 2010 à Copenhague. Une directrice d'agence d'escort-girls (soit une tenancière de bordel, pour être clair), se fait agresser sauvagement. Personne n'a rien vu, rien entendu, comme de juste. Sa petite chance dans l'histoire est d'avoir un frère policier, qui fait des pieds et des mains pour obtenir justice. Tout est bon, y compris faire pression sur le chef du département V pour avoir du renfort. Carl se fait tirer l'oreille, mais ses deux assistants prennent fait et cause pour la victime. Plusieurs conséquences à cet embrasement de deux personnes hautement inflammables vont se présenter : Rose va littéralement se plonger à coeur perdu dans une histoire de disparitions multiples qui remonte à plus de vingt ans, parce qu'une des disparues était également une prostituée, et Assad va démontrer une fois de plus à son patron que son passé est bien mystérieux et regorge de zones d'ombre. Carl, quant à lui, va continuer à essayer de se dépêtrer de l'affaire qui a conduit à la mort d'un de ses collègues et à la tétraplégie de son partenaire, tout en soignant son idylle avec sa Mona chérie et en tempérant l'enthousiasme de son cousin Ronny à lui enfoncer la tête dans une triste anecdote de leur adolescence. Et on ne dira rien de la future ex-femme de Carl, toujours aussi lunatique, qui s'est mis en tête de finalement divorcer...

Y-en-a-t-il parmi vous qui n'auraient pas entendu parler de ce phénomène littéraire qu'est Jussi Adler-Olsen ? Difficile d'y échapper pourtant. Il a quasiment le même succès actuellement que Dan Brown en son temps (qui ? hein ? pourtant, à défaut d'ingurgiter un de ses pensum vous pouvez vous rafraîchir la mémoire en allant voir la chronique de son summum ici). Alors forcément, quand on tombe sur un exemplaire d'occasion d'un auteur de polar à la mode, on se laisse faire pour voir de quoi il est question au juste.

Il pourrait y avoir méfiance. Avec un nom comme le sien, l'auteur viendrait du Nord que ça ne nous étonnerait pas. Et certains lecteurs, échaudés par la vague décennale qui nous a fait écoper de maints héros neurasthéniques, pourraient avoir envie de ne pas s'y frotter. Que ces derniers se rassurent ! Carl Morck, le flic flemmard, cabochard et néanmoins doué d'Adler-Olsen ne rentre pas tout à fait dans le moule des habituels enquêteurs venus du froid. Un peu à l'opposé, même, le gaillard récurrent est plutôt atypique : doué mais bénéficiant souvent de l'expertise de son factotum moyen-oriental, un peu misanthrope sur les bords et pourtant généreux, capable de points de vue originaux mais plein d'idées préconçues, le premier adjectif qui viendrait pour le décrire serait - en ce qui me concerne - niais, mais pas que. Niais on peut le dire, surtout à l'examen de sa cahotante liaison avec sa psychologue, mais pas que à la vision de sa relation avec sa curieuse secrétaire, qui a quelques problèmes de stabilité émotionnelle (je vous laisse découvrir lesquels).

Mais il n' y a pas dans les oeuvres de l'auteur que ce mélange un peu étrange de plusieurs personnages improbables. Il y a une réelle habileté aussi. Elle repose beaucoup sur un mécanisme narratif simple mais efficace. Souvent dans les romans d'Adler-Olsen, au nombre de six traduits et parus en France, on retrouve des allers-retours dans le fil du récit entre une histoire passée et l'enquête des trois protagonistes du département V sur une ou plusieurs victimes dans le présent. Le processus est bien maîtrisé et donne une dynamique de lecture plaisante, où on se captive pour les faits et également pour l'enquête. Après, on aime plus ou moins le gaillard mis en scène. Ca donne un résultat dont on comprend le succès en tout cas.

En bref, je ne cracherai pas sur cet engouement général. Sans crier au génie, voilà une lecture estivale qui se défend. Tant pis pour les quelques grains de sable et l'eau de mer, sur une version poche on fermera les yeux. Allez mes filous, vous pouvez en prendre un pour l'emmener à la plage... (L'été prochain - Note du Webmestre à la bourre.)

Marion Godefroid-Richert

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