Lagos Lady

Leye ADENLE

Métailié, 2016
Traduit de l'anglais (Nigeria) par David Fauquemberg



"Les jeunes hommes deviennent des escrocs, des braqueurs. Les filles se prostituent. Certains se tournent vers la magie noire..." (p. 197)

"Easy Motion Tourist", le titre anglais de ce premier roman du Nigerian Leye Adenle (l'anglais est la langue officielle du Nigeria) peut se traduire par "Le touriste en roue libre". "Le touriste en roue libre", c'est Guy Collins, "un blanc voyageant en Afrique pour la première fois". Après des études pour être avocat, il est devenu journaliste, un journaliste qui ne s'estime pas très doué pour ce métier. Il travaille pour une start-up londonienne, une chaîne d'actualités sur Internet. Il est mandaté pour écrire un reportage sur les élections présidentielles qui doivent bientôt se dérouler au Nigeria.

Le deuxième jour de son arrivée à Lagos, Guy Collins décide de sortir seul, le soir - ce qu'on lui avait vivement déconseillé. Il veut en effet avoir des histoires à raconter à son ex, Melissa, mi-nigériane, mi-irlandaise, quand il rentrera à Londres. Il veut sortir de son hôtel, voir ce pays dont il a tellement entendu parler. Sur les conseils du concierge de l'hôtel, il se rend au Ronnie's, un bar proche et sûr, où "il y aurait plein d'autres Blancs".

Alors qu'il est sur le point de quitter le Ronnie's, Guy Collins manque d'être renversé par "une masse de gens", principalement des prostituées, qui se précipitent à l'intérieur du bar. On lui en explique la raison. Une fille vient d'être balancée dans le caniveau, en face du bar... "Des tueurs rituels. Ils lui ont coupé les seins pour leur juju, leur magie noire". (p. 26)

Pensant tenir là un scoop, Guy Collins sort du Ronnie's... et a le droit à une arrestation musclée, les policiers arrêtant "tous les gens qu'ils voient", selon leur tactique habituelle... L'interrogatoire, mené par l'ambigu inspecteur Ibrahim, se présente mal, très mal, pour notre journaliste qui se maudit d'avoir accepté cette mission au Nigeria...

Et alors... le miracle, ou presque !

Une femme, une très belle femme, une lady demande a être reçue par l'inspecteur Ibrahim (cf. le titre "français", Lagos Lady). Elle s'appelle Amaka, elle travaille pour une association caritative - les Bons Samaritains - une association qui aide les prostituées. Elle a appris qu'un journaliste étranger s'était fait arrêter devant le Ronnie's et "elle est venue le tirer de là". L'inspecteur Ibrahim se voit obligé d'obtempérer.

Plus tard, elle explique à Guy Collins qu'elle l'a fait libérer parce qu'il est journaliste. Il pourra raconter au monde entier ce qu'il a vu devant le Ronnie's et attirer l'attention sur la condition des prostituées au Nigeria - un pays où la prostitution est illégale ! - Amaka se propose de lui transmettre bon nombre d'informations. Des noms et des faits. Elle lui révèle également qu'elle a créé un fichier sur tous les hommes qui ont recours aux prostituées à Lagos. Un fichier qui sert à les protéger. "Il contient des noms de types avec lesquels je dis aux filles de ne pas aller".

Ainsi se passe la première rencontre entre les deux personnages principaux de ce roman noir, très noir... De nombreux autres protagonistes interviennent : nantis, truands, etc. Je ne citerai que mes deux "préférés" : les tueurs déjantés Go-Slow (2,10 mètres) et Knock-Out (1,50 mètre)...

Violence, sexe, corruption, magie noire... Leye Adenle nous fait visiter Lagos, personnage à part entière du roman, la mégalopole la plus peuplée d'Afrique, ville tentaculaire où quelques privilégiés vivent dans des quartiers sécurisés,tandis que le reste de la population est la proie d'une misère effrayante. Lagos, la ville des agressions à main armée, des assassinats, des "meurtres rituels".

J'ai beaucoup aimé ce premier roman de Leye Adenle. J'ai été captivé par la façon dont il parle de son pays natal. Lagos Lady est un roman fascinant, palpitant, intelligent, instructif et qui donne à réfléchir. C'est un constat effrayant, un récit très pessimiste mais parfois très drôle également.

Lagos Lady est de plus un très beau portrait de femme, un plaidoyer pour la femme nigériane, symbolisée par le personnage d'Amaka, femme d'action quelque peu énigmatique, à la fois Superwoman et Mère Teresa, ange gardien des filles de la rue.
La fin ouverte du roman est voulue par l'auteur. Lagos Lady est en effet le premier ouvrage d'une trilogie. D'après ce qu'en dit l'auteur, le deuxième ouvrage serait bientôt terminé... On ne peut que s'en réjouir !

P.S. : Cela a été un grand plaisir d'assister à la "conférence" de Leye Adenle, lors du XVIe festival du Goéland Masqué à Penmarc'h. (J'ai été frappé par les deux mots qui revenaient le plus souvent quand il évoquait son pays : violence et corruption...) Un grand plaisir de rencontrer cet auteur débutant, très accessible, plein d'humour, très smart ! Un véritable gentleman !

Roque Le Gall

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