Un maillot pour l'Algérie

Bertrand GALIC, KRIS, Javi REY

Dupuis, 2016



Des tristement célèbres massacres de Sétif, qui feront cent deux victimes européennes et entre trois et huit mille morts chez les Algériens, Rachid Mekhloufi, alors jeune amateur de foot, gardera une conviction politique, celle de l'amour de son pays. Aussi, lorsqu'en avril 1958 des footballeurs d'origine algérienne rejoignent clandestinement l'Algérie pour former la toute nouvelle équipe nationale, Rachid, joueur de l'AS Saint-Etienne, fait partie du projet.

Le cahier placé en fin d'album, rappelle le contexte historique : en avril 1958, l'Algérie est partie intégrante de la France depuis cent dix années. Citoyens français, les habitants sont considérés comme tels... à l'exception des populations musulmanes qui sont par exemple, privés de représentation électorale digne de ce nom. Dans les années cinquante, les mouvements de décolonisation prônent le droit des peuples à disposer d'eux mêmes. On se souviendra de la conférence de Bandung, réunissant en Indonésie les pays non alignés.

Une belle histoire de sport, mélangeant idéal politique et sportif au profit d'une superbe cause, la naissance de la nation algérienne, bien loin du sport dédié à l'argent, comme avec les soupçons de corruption dans la sélection récente de Salt Lake City pour les prochains jeux olympiques d'hiver. L'album se situe dans la lignée d'Invictus, film illustrant les efforts de Nelson Mandela visant à créer une volonté d'unité nationale derrière l'équipe de rugby nationale, les Springboks.

J'ai aimé cette histoire et son approche humaine des personnages, comme celui de Rachid Mekhloufi qui domine cet album. Son interview se termine cependant tristement ou plutôt... lucidement : "Les révolutions sont devenues intéressées, planifiées, téléguidées". Normal cependant que des p'tits gars comme Kris ou Bertrand Galic, des anciens petits mollets du foot, en aient pincé pour cette histoire. Chez nous, Brestois, elle rappelle l'importance du sport en tant que ciment social, soutenue dans notre ville par les structures mises en place il y a presque cent ans en faveur des loisirs et du sport, les fameux patros.

Pour celui qui ne serait pas encore convaincu de lire cet album, Inter vous en livrera cinq bonnes raisons.

On trouvera sur le site du Monde quelques planches de cet album.

Marc Suquet

partager sur facebook :