Qui a tué le Dahlia Noir ?

Stéphane BOURGOIN

La Mécanique générale, 2016



"Le Dahlia Noir est un fantôme, une page blanche qui exprime nos peurs et nos désirs. Une Mona Lisa de l'après-guerre, une icône de Los Angeles." (James Ellroy, CBS, le 27 novembre 2004)

Elizabeth Short, ce nom évoque-t-il quelque chose pour vous ? Oui ? Non ? Et le Dahlia Noir, vous connaissez ? Vous avez peut-être lu le roman de James Ellroy et plus probablement vu le film de Brian de Palma. Eh bien, Elizabeth Short était le Dahlia Noir, ainsi surnommée à cause de cette fleur qu'elle arborait dans ses cheveux...

"L'affaire du Dahlia Noir" a commencé à Los Angeles, par une matinée fraîche, le mercredi 15 janvier 1947. Mrs Bersinger est partie à pied faire ses courses avec sa fillette. Alors qu'elle marche sur le trottoir de South Norton Avenue qui borde un terrain vague, elle va découvrir le corps d'Elizabeth Short... Un corps dénudé et coupé en deux à hauteur de la taille... De nombreuses mutilations indiquent que la victime a été torturée, martyrisée avant de mourir... Il est 10h35... Affolée, elle téléphone à la police. Mais ce sont les journalistes qui arrivent les premiers sur la scène de crime, qu'ils vont piétiner, effaçant traces de pas et traces de pneus. L'enquête commence mal...

De son côté, la police va garder secret le rapport d'autopsie, contrairement à la coutume. Elle pense ainsi confondre et décourager les nombreux "Confessing Sams", faux coupables qui ne manquent jamais de se manifester après un tel crime (Il y en aura plus de quatre cents !). C'est également une manière de tenir quelque peu à l'écart les journalistes qui ont pollué la scène de crime et les premières investigations. Journalistes qui vont "confisquer totalement l'enquête", et largement contribuer à ce que "l'affaire du Dahlia Noir" devienne "un cas légendaire dans les annales du crime américain, un peu à l'image de ce qu'a été Jack l'Eventreur, en Angleterre...

Quelques éléments parmi tant d'autres peuvent expliquer la fascination du public : une jeune et belle provinciale attirée par les lumières d'Hollywood et qui aspirait à devenir célèbre - elle est finalement devenue immortelle "mais paradoxalement via son surnom et à travers ses souffrances". Des écrivains et cinéastes qui s'emparent de l'affaire. Des hypothèses plus farfelues les unes que les autres. Des suspects célèbres : Orson Welles, Man Ray, Woodie Guthrie...

Et puis, près de soixante-dix ans après le début de l'affaire... et de l'enquête, un coupable très, très plausible. L'énigme enfin résolue par... un Français, Stéphane Bourgoin ! Stéphane Bourgoin ? Bref rappel : auteur d'une quarantaine d'ouvrages traduits dans quinze langues. Cinéaste, conférencier, spécialiste mondialement reconnu des tueurs en série. (Il en a interrogé soixante-dix-sept depuis 1979, écrit une vingtaine d'ouvrages et réalisé de nombreux documentaires sur ce sujet.)
Au milieu des années 1970, alors qu'il vit aux Etats-Unis, Stéphane Bourgoin voit un téléfilm consacré à l'affaire du Dahlia Noir. "Depuis lors fasciné et je dirai même obsédé par ce "cold case", je visite tous les lieux californiens associés à ce meurtre et je tente de retrouver les protagonistes encore vivants à cette même époque..." Bientôt "un déclic se produit dans sa tête" : l'assassin d'Elizabeth Short n'en est pas à son coup d'essai... Ce tueur sadique, organisé, est un tueur en série. "Il a déjà frappé avant !"

Stéphane Bourgoin, apprécié et reconnu aux Etats-Unis, va activer le réseau personnel qu'il s'est constitué au fil des années (policiers, profilers, agents du FBI, journalistes...). Pendant vingt ans (!), "il va accumuler, éplucher, recouper, analyser et synthétiser des milliers de "cold cases" aux Etats-Unis - entre les années 1925 et 1950..." "Il va tout reprendre à zéro, l'enquête de la police, le rapport d'autopsie (auquel il a eu accès), tout ce qui a été dit, écrit, témoigné à propos de cette affaire".

Une très longue enquête, fastidieuse, fouillée, minutieuse... And the winner is... Ne comptez pas sur moi pour vous révéler le nom du coupable... Un coupable très "convaincant" !... Théorie validée par trois anciens profilers du FBI et par l'inspecteur Peter Marylo qui avait dirigé toutes les investigations sur le tueur en série désigné par Stéphane Bourgoin... Une enquête convaincante et passionnante, un ouvrage qui comporte plus d'une centaine d'illustrations, pour la plupart inédites, même aux Etats-Unis.

Un véritable tour de force !

Un conseil, cependant : âmes sensibles, s'abstenir !

Roque Le Gall

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