Semences

Jean-Marc LIGNY

L'Atalante, 2015



Sur une Terre dévastée où les quelques communautés humaines qui subsistent se terrent en priant Mère-Nature de leur accorder sa clémence, quelques aventuriers vont et viennent, derniers dépositaires de l'espoir qui a longtemps animé notre espèce. On suit d'abord Natsume, qui part du Grand Nord pour fuir les maladies tropicales (!) véhiculées par des moustiques voraces et qui lui ont coûté la vie de sa chère compagne Hiroko. Natsume erre longtemps pour enfin venir mourir au pied d'une grotte peuplée d'un clan frileux, vivant en autarcie parmi des fourmites (des insectes sociaux) avec lesquelles ils passent des accords de protection mutuelle. De ce clan vont partir à l'aventure Denn et Nao, deux très jeunes gens attirés par un hypothétique ailleurs paradisiaque entraperçu sur un morceau de soie peinte que Natsume transportait avec d'autres artefacts des temps anciens. Sur la route de Denn, Nao et une cellule de fourmites qui les accompagnent : des clans plus ou moins évolués, aux intentions plus ou moins pacifiques ; des animaux à griffes/poils/becs/dents et des insectes ; des paysages souvent désertiques, des conditions de vie toujours plus rudes, des ermites assez bienveillants dans l'ensemble. Le vaste monde leur ouvre les bras, mais sont-ils de taille pour une telle gageure ?

Suite et fin de la trilogie climatique de Jean-Marc Ligny, qui se conclut abruptement (mais non, je ne vends pas la mèche !). Ses pauvres héros en prennent plein la figure, mais bon. Ils sont jeunes, ils sont beaux, et hormonalement efficients, leur voyage est riche en galipettes. Ca rajoute des sensations là où leur facétieux auteur leur a déjà concocté moult péripéties ! Ils sont poussés à la fois par leur quête d'un ailleurs et d'un avenir meilleurs pour eux et leur clan, leur refus de règles de vie trop strictes dans un environnement étriqué, et puis aussi une saine curiosité. Au départ on est assez enthousiaste, tout comme eux, à l'idée de pouvoir explorer une terre hostile certes, mais qui est à même de représenter un sérieux défi à l'inventivité de notre espèce pour la survie. Puis on déchante. Là où l'idée de la vie symbiotique des humains avec des insectes sociaux était porteuse de germes d'une réflexion riche et d'une extrapolation originale sur un devenir possible, l'auteur sabre les pistes les unes après les autres et laisse le lecteur sur sa faim. Les seuls qui arrivent à s'en sortir ne le peuvent qu'à petite échelle, dans des îlots précaires et restreints de paix, en équilibre fragile et instable avec leur environnement. Le constat est un peu déprimant ! Car la déchéance de l'humanité et l'échec de toute stratégie de survie, à la fin de ce troisième ouvrage, semblent pour l'auteur inéluctables. Une belle qualité d'écriture subsiste cependant, et permet de tenir le lecteur en haleine jusqu'au bout. Un ouvrage à recommander aux surconsommateurs de ressources naturelles inconscients que nous sommes...

Marion Godefroid-Richert

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