AquaTM

Jean-Marc LIGNY

L'Atalante, 2006



Année 2030. Le problème de la terre est celui... de l'eau. Aussi la découverte d'une immense nappe phréatique dans le sous-sol du Burkina Faso excite-t-elle quelques convoitises radicalement contradictoires : d'un côté, le gouvernement burkinabé, avec à sa tête Fatima Konaté, souhaite exploiter cette nouvelle richesse en faveur de la population. Laurie et Rudy, membres d'une association européenne, sont chargés de convoyer le matériel nécessaire à cette belle idée. De l'autre côté, un industriel aux dents longues, Fuller à la tête de sa multinationale Resourcing, revendique la propriété de cette nouvelle richesse et son exploitation dans un but moins... partagé, en faveur du consommateur américain et avec l'aide de la CIA, si besoin était. Une opération commerciale dont le nom de code, AquaTM, donne son titre au bouquin.

Autour du problème essentiel de l'eau, Jean-Marc Ligny nous met en présence de la lutte entre le bien et le mal, version aquatique. Le scénario d'AquaTM est celui d'un roman d'anticipation, avec ce "virtual companion", au vocabulaire riche de 75 000 mots et destiné à remplacer un membre de la famille disparu, avec les clones ratés comme Tony Junior atteint du syndrome de Dolly ou encore une startup de biotech, créant des virus dérivés de l'anthrax, à destination des seuls Noirs ! L'auteur livre également de belles descriptions du désert ou du code d'honneur en vigueur parmi ses habitants, renforcés par une superbe citation de Saint-Exupéry.

Au détour des pages, on croisera successivement quelques miliciens nazis, des pratiquants de la magie bangré, des apôtres de la Divine Légion, une secte ringarde et raciste au parfum de KKK. Avec parfois des tsunamis politiques surprenants comme celui qui touche les États-Unis, appauvris par la guerre contre le Mexique qui dénonçait l'ALENA. (Rappelez-vous cet accord de libre échange nord-américain, dont le bilan est aujourd'hui accablant pour les Etats-Unis notamment : multiplication par cinq du déficit commercial avec le Mexique et le Canada, augmentation du chômage de 700 000 personnes.) Mais aussi une NSA qui, face à la diminution de ses crédits, n'hésite pas à vendre des informations aux Chinois ou encore à faire exploser ses propres agents !

Le lecteur est en présence d'un bouquin qui lui prendra quelques soirées, puisque l'ensemble compte plus de 700 pages. Mais, arrivé à la fin, la conclusion est limpide : la lecture est facile, prenante et rythmée. Les chapitres courts et bien dosés entre les différents plans de cette histoire (Europe, Afrique, Amérique), ainsi que les scènes d'action, contribuent au rythme soutenu de l'ensemble. Une histoire d'amour, entre Laurie la courageuse et Abu, le fils de la présidente du Burkina, distraira les lecteurs.

Un petit regret : le manque d'informations sur l'eau. La question de l'approvisionnement en eau est extrêmement préoccupante, puisqu'il faut aujourd'hui 3 800 km3 pour faire face aux besoins annuels des terriens. Or de nombreuses nappes s'épuisent face à une consommation qui a explosé : les Européens consomment ainsi huit fois plus d'eau douce pour leurs usages quotidiens que ne le faisaient leurs grands parents ! Et puis un roman, bien écrit comme celui de Jean-Marc Ligny, est le support idéal pour en apprendre plus sur le sujet.

Pour conclure cette chronique, j'aurais volontiers suggéré à l'auteur de ne pas faire de publicité à Google, qui doit 1,6 milliard au fisc français, et qui pratique l'équilibrisme de haut vol pour favoriser l'évasion fiscale de ses bénéfices, prenant ainsi dans la poche des contribuables français le bien commun auquel ils ont droit.

Un bon livre qui ne manquera pas d'entraîner, avec plaisir, son lecteur mais qui aurait sûrement gagné à être doté d'un squelette plus scientifique.

Marc Suquet

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