Cher pays de notre enfance

Benoît COLLOMBAT, Étienne DAVODEAU

Futuropolis, 2015



Le SAC, je m'en souviens, c'est le truc, quand on le citait au ciné ou à la télé, il y avait le biiip qui cachait le nom, mais bien sûr tout le monde savait ! Officiellement, le SAC est créé en 1960 par des fidèles du général de Gaulle pour défendre son action, mais il se transforme rapidement en une organisation mafieuse. Du hold-up de Strasbourg en 1971 à la tuerie d'Auriol dans laquelle un responsable du SAC et sa famille (dont le fils de 8 ans) sont exterminés, en passant par l'assassinat du juge Renaud qui enquêtait sur le hold-up de Strasbourg, l'enlèvement de Ben Barka, la Françafrique et l'incontournable Foccart... le SAC, c'est quand même du lourd !

Une époque de barbouzes protégés par la carte bleu, blanc, rouge de membre de l'organisation qui rend son possesseur intouchable ! Des complicités permettant de limiter l'enquête menée sur la mort du juge Renaud. Ou encore, une coopération un peu trop appuyée entre RG et SAC... L'ensemble tient de la nébuleuse opaque dans laquelle il est chaud de mettre son nez !

L'album relate l'enquête réalisée par Davodeau, notre dessinateur bien connu et Benoît Collombat, journaliste à Inter. L'ensemble est touffu et il faut avouer qu'un intérêt pour la période et ses heures sombres est indispensable au lecteur. A défaut, la lecture de ces 217 pages sera probablement raccourcie. Mais l'effort est récompensé : cette enquête sur les heures noires de la Ve République est passionnante et menée de main de maître.

La troisième partie de l'album relate la mort de Robert Boulin. Dans mon souvenir, le suicide du ministre du Travail était lié à une affaire immobilière à Ramatuelle. Bien sûr, ce vague souvenir n'est que la version écran d'un très probable assassinat. Le sang accumulé dans le dos du ministre suggère une position du corps autre que celle dans laquelle il est trouvé. L'assassinat serait-il lié à la menace probable du ministre de révéler un possible financement du RPR par la Francafrique, comme le suggère Fabienne Sanguinetti, la fille du co-fondateur du SAC ? La responsabilité du SAC est également évoquée dans un article mis en ligne en 2013.

La couverture de l'album, provocante, montre l'image officielle de de Gaulle, dont le bras est ensanglanté. Mais la question demeure, quel est le rôle du général ? Francois Loncle, député socialiste, suggère pour sa part un manque d'intérêt de sa part concernant l'organisation. L'histoire précisera ce rôle.

On regrettera que Charles Pasqua ait toujours refusé l'interview des deux auteurs...

Un livre qui m'a franchement intéressé. Le déroulé d'une enquête menée de façon scientifique qui exige tout de même de s'accrocher un peu.

Marc Suquet

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