Larguez les anars !

Hervé SARD

La Gidouille, 2015
Les Nouvelles Enquêtes de Léo Tanguy, T. 18



D'entrée de jeu, les commentaires météo et la tristesse qui en découle démontrent la fine connaissance de l'auteur concernant la Bretagne : parce que, lecteur, si tu n'as pas connu la pluie un dimanche après midi à Brest en novembre...

Nous voici donc devant une nouvelle aventure de Léo Tanguy, le gars qui enquête sur les magouilles en Bretagne et les publie sur son site. Quinze titres édités par Coop Breizh puis quatre autres par la Gidouille, dont le présent numéro. Léo, cette fois-ci, est mort. Mais rassurez vous, il assiste discrètement à son propre enterrement. Une tactique pour mieux enquêter sur les affaires d'épandage malveillants. Et il a bien fait, Léo, car si on avait pu on l'aurait volontiers fait griller !

L'origine, c'est la pyrale, une larve qui bouffe du maïs "comme un amuse-gueule". Autour de cette histoire, des groupes d'influence comme le MPT, le Mouvement Pour la Terre, un groupe de sympathisants très actifs. Mais aussi le P2R, Parti pour un renouveau républicain (de nos jours on dit plus simplement Les Républicains, mais dans les deux cas l'appellation permet de squatter un terme hautement consensuel).

Des persos qui décanillent, comme Nine, la maire au fort bon sens. Potiron, le pote nain (oui je sais on dit "de petite taille"), amoureux d'Isabelle... née en 1535 quand même (un mythe tombe à propos de ce perso : les nains n'ont pas de zguegue de Sénégalais qui eux-mêmes, d'ailleurs...). Ou encore Soazig, l'amour de la vie de Léo, disparue au dessus du Venez. Mais aussi des choses que l'auteur n'aime pas franchement comme la libre concurrence ou l'enseignement catho ("on enseigne que les filles sont faites pour s'occuper de la cuisine et les hommes pour faire carrière").

Côté scénario, l'enquête a un peu de mal à avancer et on aimerait bien que le Léo fasse parfois bouger sa p'tite affaire un peu plus rapidement. Si bien que l'ensemble manque parfois un peu de rythme. De superbes scènes, comme celle de la manif que l'on a tous rêvée : 350 000 personnes sur les Champs-Élysées, survolés par mille montgolfières et clamant des slogans en faveur de l'homme. Quelque chose d'encore plus beau et émouvant que la manif contre la finance.

Une belle imagination littéraire, cet Hervé Sard, qui décrit son pote Potiron comme un anachron'homme ou traite ses potes un peu zarbi de bazarchie ! Et puis, qui connaissait sainte Gauburge, patronne des malades ?

Bref, une suite sympa des histoires de Léo, comme on en aime, même si un peu plus de rythme n'aurait pas été gênant.

Marc Suquet

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