Chambre 507

J.C. HUTCHINS, Jordan WEISMAN

Super 8, 2014
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec



Le jeune Zachary Taylor exerce une profession motivante mais compliquée : art-thérapeute. Le poste qu'il a déniché le conduit à suivre des gens dont beaucoup pourraient considérer qu'on devrait se contenter de les jeter dans des oubliettes. Des psychopathes ayant commis des crimes si affreux que leur nature même suffit à qualifier leurs auteurs de fous dangereux irrécupérables, à mettre au large de la société. On les parque d'ailleurs dans un établissement improbable, une institution de l'état de New York enfouie dans les profondeurs d'une ancienne mine à ciel ouvert, l'hôpital Brinkvale. Si sa discipline fait sourire voire grimacer ses collègues de travail, Zach exerce pourtant avec diligence et passion son talent. Cela lui vaut la bienveillance et l'estime de son patron, le docteur Peterson. Ce dernier va d'ailleurs témoigner de la valeur qu'il accorde au jeune homme en lui demandant d'établir un diagnostic sur la personne d'un invité de marque, Martin Grace, un homme accusé de douze meurtres qui clame son innocence en invoquant une théorie farfelue : il a certes annoncé à chacune des victimes sa mort prochaine dans des circonstances atroces, mais à cause (ou grâce à ?) des visions prémonitoires, pas parce qu'il les a perpétrés. Selon Grace, une "ombre" serait responsable de ces décès, et cette entité maléfique se servirait de ses yeux comme vecteur de puissance. Il est donc devenu aveugle (pathologie de conversion, c'est expliqué dans le chapitre 2 !) il y a deux ans. Depuis, les morts ont cessé... L'histoire est intrigante, le défi de taille, et le jeune homme est un humaniste convaincu : il peut aider tous ceux qui croisent sa route, il le sait. Il relève le gant, et plonge alors dans des abîmes de noirceur qui le conduiront à revisiter son propre passé en plus de celui de son étrange et repoussant patient.

Ca commence bien. Le décor posé avec ce qu'il faut de détails, personnages principaux et secondaires assez attirants (ou pas !), le noeud du problème alléchant. Une histoire écrite à quatre mains, ça peut vite être bancal cependant, et on ne sait pas trop si c'est la raison du ratage monumental auquel vire le roman dès... ? Et là, on peut discuter du moment où ça part en vrille mais globalement on ne peut que constater que la deuxième moitié du livre est simplement guignolesque. Comment dire ? Dès le premier chapitre il y a des invraisemblances. Un diagnostic de cette importance confié à un professionnel non médecin ? Au mieux on s'attendrait à ce qu'un panel de psychothérapeutes l'examinent, ou bien conduisent l'expertise. Mais un jeune homme tout frais sorti de l'oeuf ? Art-thérapeute ? Pourquoi pas un magnétiseur tant qu'on y est ! Bon, au départ on avale la couleuvre. Il est séduisant ce jeune homme, raisonnablement doué et attachant, pourquoi pas lui. Et puis ensuite entrent dans la danse les protagonistes de l'histoire familiale compliquée (pas complètement élucidée à la fin de l'ouvrage) du jeune homme, ses succès précédents de thérapeute (qu'on ne nous explique pas en détail), une bataille avec son père procureur qui ne dépassera jamais la caricature. Et puis les péripéties s'enchaînent (avec le retour du fils de la vengeance en prime !) et on s'y perd, le rythme s'essoufle, les auteurs s'égarent dans une tendance qui hésite en permanence entre le fantastique et le fantasmé. Or n'est pas Stephen King qui veut. On sent bien que les deux larrons lui rendent souvent hommage en le copiant assez mal, et se sont au passage imprégnés d'une certaine culture filmesque de l'horreur (Le Silence des agneaux ? merci Hannibal Lecter ?, L'Exorciste, L'Antre de la folie ? merci Carpenter ?, Identity, etc), mais ça ne fonctionne pas. Ca aurait pu être digéré et bien restitué, ça aurait pu tenir la route, ça aurait pu finir de façon convaincante... Non, trois fois non. Désolée, si on était dans une arène avec des lions ou des gladiateurs, le pouce ne montrerait pas les cieux. Au revoir messieurs, mieux vous vaudrait de divorcer pour le prochain ouvrage, vous vous en tirerez peut-être mieux tout seuls.

Marion Godefroid-Richert

partager sur facebook :