Le fou prend le roi

Fabien CERUTTI

Mnémos, 2015
Le Bâtard de Kosigan, T. 2



1340. Le Bâtard de Kosigan a pour mission de s'infiltrer en terre française. Malheureusement, sa réputation le précède et, s'il veut rester en vie, il doit mener une enquête : qui a occis le Dauphin de France, dit Jean le Bon ? Quelque chose lui échappe. Il se sent manipulé.

1899. A la suite des mésaventures de Michaël Konnigan, ses amis se lancent à leur tour sur la piste de l'énigmatique aïeul et les faces cachées de l'histoire.

Le premier récit de Fabien Cerutti montrait qu'un roman, pourvu qu'il soit bon, sera passionnant, qu'il s'inscrive ou non dans la tradition d'un genre littéraire (fantasy, science-fiction, fantastique). Ce deuxième tome, même s'il fait suite à L'Ombre du pouvoir, peut se lire indépendamment. On retrouve notre anti-héros avec son groupe de mercenaires. Comme on a pu le lire dans la première aventure, les missions du Bâtard sont longuement préparées. Mais il tombe ici sur un os. Un problème qui va le faire aller de Charybde en Scylla. Dans le précédent récit, Fabien Cerutti nous avait fait découvrir le personnage et son univers. C'était une promenade de santé comparée à la complexité de cette enquête. De fil en aiguille, les tenants et les aboutissants touchent les royaumes de France et d'Angleterre, voire la religion elle-même. Le mercenaire doit avancer discrètement car, s'il opère avec l'appui du Roi de France, la moindre parole déplacée pourrait lui valoir une mort douloureuse.

La deuxième enquête, épistolaire celle-ci, est très différente. Nous retrouvons différents investigateurs (professeurs, journalistes). Issus de notre histoire de France, ils sont perplexes face à ces récits qui parlent de magie et de races anciennes. L'avancement de l'enquête est passionnante et à l'opposé des aventures du Bâtard. En effet, ils font tous des recherches dans les bibliothèques, les archives... Des recherches théoriques qui n'en demeurent pas moins passionnantes. Ou si vous préférez, Indiana Jones sans le côté aventurier...

Avec une redoutable efficacité, Fabien Cerutti continue à égratigner l'histoire de France. Alors que la mode est à l'uchronie (un genre littéraire qui réécrit l'histoire), l'auteur part du principe que notre histoire n'a pas changé, mais que quelque chose ou quelqu'un l'a modifiée. Modification temporelle ou réécriture de l'histoire (ce sont les vainqueurs qui l'écrivent) ? On retrouve en second plan les races anciennes (elfes, orques, dragons) au milieu de personnages historiques : Isabelle de France, Charles V, Edouard III. Au lieu de se laisser aller au jeu des références, Fabien Cerutti bâtit son récit de manière à brouiller les cartes. "Il s'agit, j'en suis certain, de la meilleure route à emprunter afin d'éclaircir un peu les ombres épaisses que cette canaille s'acharne à faire planer sur ce que j'ai a tendance à considérer comme MON histoire de France", écrit ainsi Léopold.

L'ensemble du récit tient la route. Les deux enquêtes se rejoignent parfaitement, même si la dernière partie traîne un peu. Une partie qui s'expliquera vraisemblablement dans un troisième tome (on l'espère). Ce récit se veut à l'opposé du premier tome. Sombre, anti-héroïque... On est loin des chansons de geste. S'il y a un troisième volume, sera-t-il celui de la synthèse (et de la fin) des aventures du Bâtard ?

Un deuxième tome consacré au Bâtard qui améliore les "défauts" du précédent. Tout en travaillant ses personnages, l'auteur écrit un vaste récit. Légendes et Histoire se confondent au point de nous faire douter. A réserver aux lecteurs qui aiment l'histoire, les contes ou ces faits qui changent le monde.

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