Brainless

Jérôme NOIREZ

Gulf Stream, 2015



Jason Beerman souffre du SCJH : Syndrome de coma homéostatique juvénile. Il a attrapé cette maladie après s'être étouffé avec du maïs. Au lieu de rejoindre les morts, il est devenu un "zombie". Mis à part son injection de formol quotidienne et son goût pour la viande crue, Jason est un adolescent normal... Comme la plupart de ses camarades...

Brainless ressemble à une poupée russe. A chaque étape, le lecteur a une nouvelle surprise. La maquette se démarque avec sa couleur orange et sa photo d'un cerveau sous cloche. Les piles et les têtes de gondoles des librairies se verront de loin. On imagine déjà la réaction de certains parents (en même temps, vu certaines réactions face aux parutions Gulf Stream...). Jérôme Noirez est un habitué de la maison d'édition, mais à lire le communiqué de presse, l'univers décrit (celui des zombies) est à l'opposé de ses précédents récits. Pour la première parution d'une nouvelle collection (Electrogène), s'essayer à un genre "passé de mode" aurait pu ne pas être la meilleure idée qui soit. Pourtant, en ouvrant le livre, le lecteur n'est pas au bout de ses surprises.

Brainless n'est pas un roman de zombie, contrairement aux apparences. Littéralement, Jason est atteint de SCJH (pour la définition, lire plus haut). Il ne recherche pas de cerveaux, mais il ne peut digérer que la viande crue. Contrairement aux croyances vaudou ou aux zombies du cinéma, Jason peut réfléchir par lui-même. On peut alors s'interroger sur le contenu du livre. Par un tour de passe-passe littéraire, le "zombie" n'est pas celui qu'on croit. Les personnages de Brainless ressemblent aux clichés des séries américaines (le sportif, la jolie fille, l'intello, etc.) mais l'auteur les a saupoudrés de vitriol. Le résultat est déroutant et on ne peut s'empêcher de voir une charge contre les stéréotypes. Qu'il soit question d'éducation, de sport, de sexe ou de nutrition, Jérôme Noirez se lâche dans une diatribe sur les limites de la normalité. Alternant les points de vue entre Jason et les lycéens, l'auteur commence avec un roman pour adolescent, avant d'incliner petit à petit son récit vers un univers déviant (et presque réel). Imaginez une craie crissant sur un tableau noir. C'est un peu "l'effet Jérôme Noirez". Le final n'en est pas moins apocalyptique. Quant au personnage de Jason, il tente de vivre "normalement" son état, expérimentant la vie d'adolescent comme les capacités d'un zombie... L'ensemble est livré avec un humour grinçant bienvenu.

Selon Paola Grieco (directrice éditoriale des éditions Gulf Stream), la collection Electrogène sera "hétérogène-gore-érogène". Chaque texte sera dans un genre différent. Avec Brainless, le baptême est réussi. Le lectorat visé (15 ans et plus) sera ravi. On espère que ça lui donnera envie de réfléchir et d'être différent !

Jérôme Noirez signe avec Brainless un roman décapant sur une jeunesse stéréotypée. Tout en accumulant les clichés hilarants, il n'oublie pas de nous donner à réfléchir. Un premier texte de la collection Electrogène, qui saura faire bouger nos neurones !

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