Dernier bistrot avant le cimetière

Roger FACON

L'Ecailler du Sud, 2005



Oyez, oyez braves gens, voici venu au monde littéraire le grand, le beau, le tout nouveau Régis Fromont ! Il arrive tout droit de l'une des deux premières signatures de l'Ecailler du Nord et c'est bien vu de la part de l'éditeur, tant il est vrai que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu du aussi bon ! Voilà un héros (bon, pas forcément très beau, c'était pour l'effet d'annonce) qui est flic, travaille au commissariat de Nimies-Tapache (ne sortez pas vos atlas, inconnu au bataillon) avec une collection foutraque de collègues, s'occupe d'insérer du jeune avec du vieux en coordonnant l'écriture d'une nouvelle policière entre des adolescents et de vieux mineurs à la retraite ; il est également de gauche (idée au demeurant fort sympathique mais qui signe bien son appartenance au monde imaginaire) et aide ses petits camarades grévistes à l'occasion. Alléchant non ?

Et qu'est-ce qui lui arrive à Régis ? Et bien on lui tue un de ses mineurs, le vieux Séraphin Demange. Et puis on lui décolore un de ses inspecteurs, qui est amoureux d'une veuve en voiturette sans permis et s'initie aux secrets de l'art de la danse de salon et des galipettes dans un habitacle d'à peu près un mètre cube. Et puis on lui parle longuement et de bien des façons de Pépère, son grand-père communiste, qui l'a élevé au marxisme, à la bière (ah ! la Choulette... tout un programme !) et à l'affection débordante. Avec dans tout ça un certain nombre de personnages secondaires croquignolets, dont la petite Chantal, nymphette nymphomane et marabout, dont un certain nombre de la foultitude d'amants finit affligés d'un priapisme au long cours particulièrement gênant pour la vie en société ; on croisera aussi plusieurs fois la silhouette imbibée et titubante du Préfet, un vieux clochard poivrot dont les idées alcoolisées ont une fâcheuse tendance à tourner à la catastrophe.

Il m'a plu, ce Régis Fromont, pour tout vous dire. J'avais l'impression d'assister à la rencontre sous la même plume de Daniel Pennac avec Maurice Gouiran qui auraient emprunté la gouaille d'un Jean-Patrick Manchette. Un excellent moment de lecture, que le récit soit sur le meurtre ou sur son environnement pittoresque. Chacun des personnages est soigné, l'humour est présent à toutes les pages ou presque. Pour une première publication, c'est très prometteur ! L'auteur sait présenter sa région de façon très dynamique qui donne envie d'y venir baguenauder à l'aventure. Tout comme Gouiran et Pennac qui savent donner envie de se perdre qui dans sa garrigue qui dans son vingtième arrondissement et d'y lier conversation et plus si affinités avec ses vieux, fantômes rigolards d'un passé révolu mais vivace. Venez faire un tour chez Régis Fromont, qui sait mettre du bleu et du jaune sur le gris du nord...

Marion Godefroid-Richert

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