Le Mystère Sherlock

J.-M. ERRE

Pocket, 2013



A Meiringen, en Suisse, non loin des chutes du Reichenbach se trouve un charmant petit hôtel de montagne dénommé le Baker Street. Le voisinage de la maison avec ce haut lieu de la culture holmésienne déteint même sur le peuple le plus neutre auto-proclamé du vieux monde (on échappe de peu à l'appellation "hôtel du bon repos") ! Avec un tel nom, quoi de plus naturel que d'organiser en ce séjour un symposium réunissant les plus férus des universitaires ayant pignon sur rue et sur la créature de sir Arthur Conan Doyle ? A la fin du cycle de conférences doit se décider qui héritera de la toute fraîche chaire d'holmésologie de la Sorbonne créée pour le départ à la retraite du professeur Bobo, président de colloque et amateur émérite de l'héroïnomane sociopathe le plus connu de la littérature anglaise. Las ! Une avalanche coupe du monde pendant trois jours le chalet et ses occupants. Lors du sauvetage, les pompiers tombent devant un spectacle rare : dix cadavres reposent entre les murs glacés de l'hôtel. Quelle compétition féroce a dû faire rage pour arriver à ce résultat ! L'inspecteur Lestrade (!), dépêché sur les lieux de ce macabre concile, va devoir polir ses connexions neuronales pour mettre au jour les évènements cataclysmiques qui ont mené à si funeste découverte...

L'intrigue, fine comme les volutes des cigarettes du célèbre détective as de la logique, n'est que prétexte à un festival de bons mots de l'auteur. Tout est matière à facéties, avec personnages archétypaux croqués à la limonade (bulles et acide citrique). L'écrivain fait aussi au passage allusion au "canon" holmésien, l'ensemble des écrits que sir Arthur a consacrés à son détective (quatre romans et cinquante-six nouvelles) et à nombre d'écrits apocryphes se rapportant au même détective (cf. la bibliographie fournie apparaissant en queue de récit, dix-neuf auteurs choisis parmi la pléiade qui se sont approprié Sherlock pour l'insérer dans leur univers). Il se fait plaisir, et à nous aussi, en parodiant sans pitié des amateurs obsessionnels qui se chicanent pour obtenir un poste mythique dans une université mythique. Nombre de références, humour au vitriol, rebondissements farfelus. Un bon cocktail d'ingrédients pour une lecture détendante, légère et amusante. Parfaite pour un après-midi de farniente (vous savez, ce truc que Dieu a mis au point le septième jour de la création du monde et depuis lequel on n'a plus eu de nouvelles, cf. p. 33 de l'édition poche).

Marion Godefroid-Richert

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