Déraillé

Terry PRATCHETT

L'Atalante, 2014
Les Annales du Disque-Monde, T. 35, traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Patrick Couton



Voici ce que rapporte à Moite Von Lipwig le douteux privilège d'être le meilleur filou enjôleur de la merveilleuse cité d'Ankh-Morpork : le seigneur Veterini l'a un peu trop à la bonne pour sa santé, et il lui confie des tâches toujours plus ardues. Après tout, maintenant qu'il a remis sur pied la poste municipale (dans Timbré, du même auteur que je ne saurais trop vous recommander, chronique disponible sur le site !) et la banque (dans Monnayé, pareillement réussi ; chroniqué aussi), il lui reste des trous dans son emploi du temps. Laisser un Moite inoccupé serait du gâchis. Aussi le voilà qui se retrouve poussé par un monsieur à qui on ne dit jamais non (sinon on a droit aux chatons - et pas comme vous pensez !) à se mêler d'un projet qui pourrait bien changer la face plate du Disque-monde : un jeune hurluberlu très doué a trouvé le moyen de dompter la vapeur. Il a construit une très grosse machine qui se propulse (presque) toute seule sur des barres en métal parallèles, et l'a baptisée du doux nom de Poutrelle-de-fer. Une invention merveilleuse qui a fait tomber sous son charme tous les habitants de la cité, et en premier lieu Henri Roi, le "roi de la rivière d'or". Le petit génie de la mécanique, le vieux monsieur très entreprenant et l'escroc séduisant vont s'allier pour faire du train la révolution la plus importante qu'ait connu le dos de la grande A-Tuin. Ca ne plaît bien sûr pas à tout le monde. Dans l'ombre des mines les plus sombres du Schmaltzberg, les grags fomentent un putsch : le chemin de fer est une abomination qui ne doit pas exister, car synonyme de mort de la vraie nanitude ?

Ah oui. Je sais bien. Pour ceux qui n'ont jamais lu un seul livre des Annales du Disque-Monde, les trois dernières phrases de mon résumé sont parfaitement incompréhensibles. Ben oui, mes cocos, mais on vous l'a déjà dit combien de fois que Terry Pratchett est trop topissime pour pouvoir s'en passer ? Z-avez qu'à lire les ouvrages déjà chroniqués par mézigue. Na !

Dans un registre un peu plus constructif, qu'il vous suffise de savoir qu'à la lecture de l'ouvrage, mon résumé devient rapidement beaucoup plus clair. On aurait pu craindre qu'à l'aune de sa pénible maladie (cf l'article qui lui est consacré dans la fameuse encyclopédie en ligne que je ne nommerai pas) le grand Terry ne s'amoindrisse, voire n'arrête tout simplement de publier.* Eh bien on ne peut que se féliciter qu'il n'en soit rien. C'est toujours aussi bon de retrouver sa prose malicieuse et son analyse fine des travers de nos sociétés modernes. Il parodie avec talent tout ce qu'il lui plaît de croquer, ici en pagaille : la vitesse, l'obscurantisme, la partisanerie, le modernisme, et surtout et toujours les préjugés. L'auteur se paie en plus le plaisir de faire faire participer quasiment l'intégralité de ses personnages récurrents au déroulé de son histoire (le commissaire Vimaire, la Mort, l'archichancelier Ridculle, etc.). Certains sont réduits à une participation de type caméo, comme au cinéma, mais il est plaisant de tomber dessus au détour d'une phrase. En bref, du régal de lecture.

* Cette chronique a été rédigée avant le funeste 12 mars 2015 (Note du Webmestre).

Marion Godefroid-Richert

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