Anno Dracula

Kim NEWMAN

Bragelonne, 2014
Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Thierry Arson et Maxime Le Dain



En 1888, contrairement aux apparences, Dracula n'est pas mort. Il n'est même plus comte : il est devenu prince consort et époux de la reine Victoria. Le monde a changé. Devenir un vampire est "nécessaire" si on veut se faire bien voir, mais l'horreur s'insinue peu à peu. Quelqu'un assassine ceux qui ont adopté la condition vampirique. La justice essaie d'arrêter le meurtrier tandis que Charles Beauregard et Geneviève Dieudonné enquêtent de leur côté.

Entre enquête policière, uchronie, jeu littéraire et chronique sociale, Kim Newman signe un classique de la littérature fantastique. Si l'on admet que l'intrigue du Dracula de Bram Stoker se soit déroulée avant 1888 (Newman l'explique très bien dans les bonus), ce premier tome fonctionne et fait se rencontrer tout le beau monde victorien de cette fin du XIXe siècle. C'est là l'un des enjeux du romancier : insérer le plus de références possibles (et des vampires) dans ces trois cents pages. Il y arrive fort bien. Mélangeant personnalités et personnages, il crée un roman où le lecteur peut s'amuser à noter tous les clins d'oeil, mais comme l'auteur le dit lui-même : "Ce serait fastidieux".

A partir de tous ces personnages, on aurait pu avoir un roman sympathique, sans plus. Mais Kim Newman est pointilleux. Il va décrire dans les moindres détails la vie des Londoniens de cette période, et ce jusque dans le phrasé (il est important de le souligner). On a rarement lu un ouvrage du genre aussi bien documenté. Le troisième point, c'est l'enquête. Le lecteur assidu saura ce qui se passe en 1888 à Londres (sinon, merci Internet), mais l'auteur rattache la réalité au romanesque tel un détective. Toutes les pistes sont menées jusqu'au bout et expliquées dans les bonus.

Les personnages (fictifs ou réels) sont parfaitement fouillés. On appréciera le choc des civilisations : vampires, gentlemen victoriens, femmes libres ou aventuriers. Quand on prend la peine de lire les notes, on se rend compte de la somme de travail titanesque que représente ce livre !

Un premier tome qui se suffit à lui-même, une histoire-enquête où le lecteur peut reconnaître les protagonistes, un vrai-faux documentaire victorien, mais avec des vampires. Un livre à se mettre sous la dent. On ne ressortira pas indemne de cette masse d'information et on conseillera au lecteur de reprendre de temps en temps son souffle, sous peine de s'étouffer.

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