L'Eveil du léviathan

James S. A. COREY

Actes Sud, 2014
The Expanse, T. 1, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Thierry Arson



Dans un futur pas si proche, l'explosion démographique humaine terrestre a motivé une diaspora interstellaire. La Lune, puis Mars, puis la ceinture d'astéroïdes se sont fait coloniser. Cet éclatement géographique au sens large a favorisé l'émergence d'une conscience d'appartenance territoriale des différents groupes humains : les Martiens, les Terriens et les Ceinturiens se côtoient mais ont aussi appris à se méfier les uns des autres, à s'identifier en tant que groupes distincts de plus en plus étrangers à leurs origines communes. Ce terreau est favorable à la haine communautariste et une étincelle suffirait à mettre le feu aux poudres et à démarrer une guerre bi- ou tri-partite.

Justement, un incident se produit : le Canterbury, un paisible transport de glace, se déroute pour porter assistance à un appareil à l'abandon. Cela entraîne une cascade d'événements qui aboutissent à la destruction du cargo, à l'annihilation de la quasi-intégralité de son équipage et à la découverte d'un élément compromettant l'armée martienne. Il n'en faut pas davantage : d'un bout à l'autre de la Galaxie, tout le monde prend les armes et s'agite.

Au milieu de ces mouvements belliqueux : Cérès, une petite station ceinturienne sous protectorat terrien. Un flic fatigué qui y officie depuis toujours, Miller, se retrouve au coeur d'un imbroglio impliquant des manoeuvres politiciennes et la recherche d'une riche héritière idéaliste fugueuse. L'éclatement du conflit le précipite hors de sa routine et de sa station, à la recherche de la jeune femme et d'une vérité qui le mettra sur la route de Holden, un des quelques survivants du Canterbury. A eux deux, ils vont découvrir que le conflit dissimule de bien plus sombres projets qu'une "simple" guerre. Une vilaine multinationale pourrait bien avoir mis la main sur une menace bien plus grande pour l'humanité. Comme d'habitude, guidée par la seule perspective du profit, elle ne se laisse pas freiner par de ridicules considérations éthiques ! Heureusement que l'improbable duo va lui mettre des bâtons dans les roues...

De la bonne SF option space-opera, c'est toujours agréable à lire. Là, l'ouvrage répond à toutes les exigences du genre : rythme soutenu, personnages principaux intéressants (vertueux mais pas trop, aventureux, un petit côté sombre séduisant), de l'action, un scénario assez fouillé mais dont on arrive à suivre les péripéties. L'auteur est en fait un duo dont la quatrième de couv' révèle de suite l'identité (ce qui me fait du coup me demander in petto : "Mais pourquoi diable ne pas inscrire directement le nom des deux zigues ?", sauf qu'on connaît la réponse ; ça doit être plus vendeur.) Un duo d'écrivains donc : un auteur de SF que je ne connaissais pas, Daniel Abraham, et un assistant de George R. R. Martin, un certain Ty Franck. Prometteur ! Et promesse tenue. Un joli résultat qui donne envie de lire la suite. On n'a pas besoin du reste de l'accroche qui laisse espérer une sorte de "Game of Thrones de l'espace" parfaitement hors de propos tant il n'y a rien de commun entre les deux oeuvres. Si ce n'est le plaisir qu'on a au feuilletage. En bref, ça m 'a plu. Laissez-vous tenter.

Marion Godefroid-Richert

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