La Revue dessinée, n° 4

COLLECTIF

LRD SAS, 2014



Mon pote Louis m'a dit, La Revue dessinée, j'en ai un peu marre. Tiens, regarde ce que tu en penses. Moi, jusqu'ici c'était plutôt du bien, ce que j'en pensais : après avoir intégré l'objectif de la revue, informer, j'ai rapidement laissé tomber mon impression originale liée au manque de beaux dessins. Non, La Revue dessinée n'est pas là pour faire dans l'esthétique, mais pour informer. Et c'est bien ce que j'ai retrouvé dans ce numéro 4, mais de façon contrastée.

L'information, je l'ai dénichée dans "Souriez vous êtes fichés". Les auteurs ont l'intelligence de partir du cas d'Odette, une internaute comme les autres, et de montrer toutes les occasions qu'elle a d'être suivie et fichée lorsqu'elle utilise internet, sa carte bleue ou encore son téléphone. Qu'Odette tire cent euros au distributeur ou qu'elle loue une voiture, la matrice le sait. Plus loin, Mister Eco a l'excellente idée de détricoter les mécanismes économiques qui mettent à genoux notre société. Aujourd'hui, la banque centrale et les mille milliards d'euros de prêts qu'elle a gentiment distribués aux banques privées. Excellent, "Bruit de bottes" et l'histoire de l'émergence d'Aube dorée, le groupuscule faf qui monte en Grèce et qui se hisse à 7 % des voix et dont le respectable leader, écrit subtilement : "Nous sommes les fidèles soldats de l'idée du national-socialisme." Sympa, non ? Superbe "Aupaluk, deux cents âmes", un reportage dessiné qui montre les difficultés à vivre dans le grand nord Québecois. Passionnant encore, ce reportage sur la Poste, réalisé à partir du témoignage d'une ex-DRH de l'entreprise et montrant le malaise ressenti par ses employés : fini, le postier sympa que l'on connaissait par son prénom. L'impératif est à la rentabilité alors même que le bénéfice augmentait de 22 % en neuf années, tandis que l'effectif était réduit de 24 %.

Avec "La sémantique c'est élastique", cette belle première partie de La Revue dessinée se dégrade un peu. Quant à "Passion byte", qui retrace l'histoire de l'informatique, la présentation est fort peu attrayante et le doc finalement plutôt embêtant. Dans "Mi-temps", qui souhaite évoquer le base-ball, les blagounettes proposées pour faire glisser l'info tombent souvent à plat.

Un numéro contrasté donc, d'où l'on émerge avec le sentiment d'un plaisir un peu terni par certaines planches qui ne sont pas à la hauteur du reste du numéro.

Louis, ben, finalement, j'ai bien envie de lire le 5 !

Marc Suquet

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