Silo : générations

Hugh HOWEY

Actes Sud, 2014
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laure Manceau



Suite et fin des aventures de quelques-uns des survivants du projet Silo. Les heures de Donnie à la place du Berger dans le silo 1 sont comptées. Sa supercherie va être mise au jour et il met tout en oeuvre dans l'intervalle pour aider au maximum les rebelles voisins qu'il a régulièrement à l'oreillette quand il s'approprie la radio. Solo et les enfants du silo 17 patientent avec ferveur en attendant Juliette, qui a promis qu'elle reviendrait les sauver. Et enfin Juliette, à la tête du silo 18, se démène entre cette promesse qu'elle tient à honorer et son propre devoir qui lui commande de tout faire pour emmener "son" peuple, ses amis et son amour hors de ces murs délétères. Un ailleurs meilleur est possible. Elle le sait, elle le sent, elle l'a presque vu.

L'auteur boucle dans ce troisième tome le destin de ses personnages préférés. Tous les trois des marginaux dans un système étouffant, avec des trajectoires de vie distinctes mais qui finissent par se rejoindre dans un même rejet d'un sort décidé par d'autres. Une sorte d'ode à la liberté assez séduisante sur le fond mais un peu conventionnelle sur la forme. Ce troisième volet est tout à fait lisible, agréable et fluide. Les péripéties, bien qu'attendues, sont menées avec efficacité. On reste un peu sur sa faim concernant le bouclage de l'intrigue dans son ensemble (l'avenir de l'ensemble du projet silo). Remarquez bien que si ça se trouve, avec la chronologie un peu particulière (c'est l'autre mot pour "décousue") de ces romans, j'aurai les réponses à mes questions en lisant le premier tome (et non, ce n'est toujours pas fait). Mais parlons un peu de ce qu'on a : bien sûr, comme on s'est attaché à Juliette et Solo tout au long des trois tomes, il est agréable de voir ce que l'auteur leur réserve. Pour Donnie, la fin est un poil moralisatrice et c'est là qu'on sent que l'"américanité" de l'auteur le handicape. Difficile d'échapper au carcan de l'hypocrisie puritaine qui muselle l'ensemble d'une nation pourtant prompte à se réclamer championne de la liberté et des droits civiques. Il est vrai que ces derniers ne sont pas synonymes de libre arbitre ! Pardon, je m'emporte. C'est un livre plaisant malgré tout, une réflexion inaboutie mais qui a le mérite de poser quelques bonnes questions, même si elles ne sont pas très creusées. La question de l'aveuglement et du manque de sens moral de certains de nos dirigeants, de l'impossibilité de faire un tri objectif des gens qui "méritent" d'être sauvés, de ce que peut pousser l'instinct de survie à faire à son prochain. Aussi, de la tentative très contemporaine de dématérialisation de l'horreur de la guerre grâce à sa gadgétisation. J'aurais aimé pour ma part une mise au point un peu plus détaillée sur le personnage de Charlotte, la soeur de Donnie, militaire pilote de drone assassin. Il y avait là matière à une intéressante parabole. Certains diront que je chipote, et à tort vu qu'il me manque un bout de l'histoire. Mais allez, si d'aventure le premier tome me tombe entre les mains je me pencherai dessus. A vous de voir cependant si vous voulez tenter cette trilogie assez efficace comme distraction.

Marion Godefroid-Richert

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