L'Hiver des enfants volés

Maurice GOUIRAN

Jigal, 2014



Samia, "une de ces beautés brunes un peu sauvages" qui ont toujours fasciné Clovis, frappe à la porte de ce dernier un soir d'hiver. François, l'homme avec qui elle vit, a disparu au cours d'une enquête qu'il menait à Barcelone. Bien sûr, ensorcelé par les beaux yeux de Samia, Clovis s'élancera à la recherche de François.

Maurice Gouiran, c'est le gaucho du polar, qui extirpe une histoire ancienne et bâtit son scénario autour. Ce nouveau polar ne fait pas exception à la règle, puisque l'auteur évoque le placement des enfants républicains, volés à leurs familles, dans les années 40, puis confiés à des familles proches du régime franquiste. Une sympathique attention qui perdure jusqu'au milieu des années 80, et qui aurait fait 130 000 à 150 000 petites victimes ! Une habitude des régimes autoritaires, souvent appuyée par l'Eglise, puisque la délicate manoeuvre a également été réalisée dans l'Argentine des généraux. Mais pas d'angoisse, chez nous aussi, un adjoint à l'urbanisme à Marseille a tout de même déclaré : "On a besoin de gens qui créent de la richesse. Il faut nous débarrasser de la moitié des habitants de la ville" !

Le texte évoque également quelques souvenirs historiques assez peu glorieux comme les fameux Lebensborn créés par les nazis et accueillant des jeunes femmes, mais blondes uniquement, pour fanatiquement s'assurer de leur accouchement et de l'éducation aryenne de ces pauvres enfants (un Lebsensborn existait même en France), mais aussi les massacres de Sabra et Chatila perpétrés par les milices chrétiennes associées aux forces israéliennes et faisant 700 à 2 000 morts parmi les civils palestiniens. On sent Gouiran un peu désespéré face à l'histoire qui se répète au Cambodge et au Rwanda, malgré les leçons de la Shoah ou du massacre des Arméniens.


Un bon Gouiran, qui, comme a son habitude mélange polar et histoire. C'est vraiment un obsédé de Marseille cet homme-là : même à Barcelone, il pense encore à sa ville chérie !

Marc Suquet

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