Un cri si lointain

Ake EDWARDSON

10x18, 2004



Sur les rives d'un lac à côté de Göteborg, on retrouve le cadavre d'une femme. Un cadavre sans identité que l'enquêteur principal, Erik Winter, va avoir beaucoup de mal à identifier. Ses seuls indices seront une étrange marque rouge sur les lieux du crime et les traces évidentes qu'une grossesse a laissées sur le corps de la victime : elle a donc un enfant. Le fardeau est double pour le commissaire : il doit non seulement retrouver l'assassin, mais également l'enfant de celle qu'il appellera Hélène jusqu'à ce qu'il lui restitue sa véritable identité. Les semaines passent et l'angoisse grandit : au coeoeur de l'été étouffant qui s'est abattu sur la cité, personne ne réclame le corps de la victime ni ne signale de disparition. L'enfant surtout semble ne plus exister au monde que pour cet homme qui ne l'a jamais rencontré et qui pourrait finir par douter de son existence. Dans les heures moites de la nuit noire où résonnent les accents lancinants du saxophone d'un jazzman obscur, Erik Winter noue un dialogue intime avec la disparue qui fait résonner en lui la solitude à laquelle il a du mal à renoncer. Amour, angoisse et spleen se mêlent en un cocktail doux-amer qui baigne l'automne où l'écheveau du temps et de la vérité va se démêler...

Ake Edwardson a une façon très personnelle de nous plonger au coeoeur d'une suède dont on ne connaît pas grand chose en dehors de grandes généralités (un pays froid peuplé de géants blonds entré dans l'Europe depuis peu). On découvre une société aussi bouillonnante intérieurement qu'elle paraît lisse en surface, où la grande fête de Göteborg est prétexte à d'interminables beuveries, escarmouches et crimes plus ou moins violents, où les Hell's Angels constituent une mafia puissante qui règle ses comptes dans la rue comme dans un western moderne. Et plus que tout, on découvre un héros passionnant, tourmenté, hanté par le jazz comme par les victimes sur lesquelles il enquête, séducteur de toutes les femmes qui l'entourent sans compulsion, presque malgré lui. Ses enquêtes l'amènent toujours plus près d'une vérité intérieure qui constitue sa quête en même temps que la vérité simple des crimes qu'il doit élucider. Alexis Liebaert qui est cité sur la couverture déclare : " Tentez le voyage [dans le monde d'A.E.] et vous y retournerez. ". Cela ne saurait être plus vrai : du grand art !

Marion Godefroid-Richert

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