Le temps en s'évaporant

Jean-Claude DUNYACH

L'Atalante, 2005



Du haut de son minaret, Marwan le muezzin, est inquiet : la ville immergée dans l'un des derniers (le dernier ?) lac de temps vit ses dernières heures. En effet, le sommet du minaret a déjà percé la surface du lac et ses inscriptions s'effacent les unes après les autres. Même le nom de Dieu semble avoir du mal à résister. Face à cette fuite du temps, force est de constater que la religion est elle aussi menacée, et avec elle les traditions et l'ordre social. La soeoeur du muezzin elle-même fricote avec Nadir, un étranger doublé d'un mécréant...

En huit courtes nouvelles, ce petit recueil de quelque 120 pages nous offre un petit voyage dans l'imaginaire très riche de Jean-Claude Dunyach. Tour à tour oniriques, mélancoliques, drôles (très drôles) ou effrayants, ces textes s'inscrivent avec autant de bonheur dans le champ de la science-fiction que dans celui du fantastique ou de la fantasy. Fort bien écrites et parfaitement construites, ces nouvelles nous ménagent de nombreux moments jubilatoires, telle cette incursion d'un cinéaste (un barbu néo-zélandais, par exemple ?) au pays des trolls et des dragons, avec moult références à l'univers de Tolkien, ou encore cette vision de Hollywood en terre d'accueil des extra-terrestres. D'autres lorgnent du côté de la quatrième dimension ou d'interrogations métaphysiques, voire existentielles. Mais le texte majeur de ce recueil reste celui qui lui a donné son nom : Le temps, en s'évaporant. Jean-Claude Dunyach tient là une nouvelle au formidable potentiel. En une trentaine de pages, l'auteur nous décrit un monde emprunt de poésie et d'images perturbantes, dominatrices, et finalement très cohérentes, avec une richesse phénoménale au niveau des personnages et des idées. Tout est dit, bien sûr, au terme de la nouvelle, et l'auteur laisse au lecteur le soin d'en imaginer la suite. Mais justement, l'on se prend à rêver d'en lire la suite, et surtout de savoir ce qui a pu se passer avant ! L'on connaît la genèse de Des milliards de tapis de cheveux d'Andreas Eschbach et de Kirinyaga de Mike Resnick, livres qui prouvent qu'une formidable nouvelle peut donner lieu à un formidable roman. M. Dunyach, si vous m'entendez...

Mikael Cabon

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