Driven

James SALLIS

Rivages, 2013
Traduit de l'Anglais (Etats-Unis) par Hubert Tézenas



Suite des pérégrinations du chauffeur de Drive, précédemment écrit (et tourné par Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling dans le rôle principal). On le retrouve quelques années plus tard, fondu dans la masse mouvante de la faune de Phoenix en Arizona. Un jour, lui et sa fiancée sont rattrapés par deux professionnels en pleine rue et en plein jour : Elsa est tuée sur le coup. Commence une errance active, fuite en avant pour éviter la mort, retrouver la route, rouler au rythme d'un moteur surpuissant sur le macadam brûlé des autoroutes du Sud-Ouest américain.

Petite suite en accords mineurs pour loup solitaire méca-nimal. Pour qui connaît l'auteur, son style inimitable, la musique de ses mots qui n'appartient qu'à lui, un petit bijou supplémentaire à accrocher à son palmarès. Comme nous l'aimons beaucoup à MGRB, vous trouverez en parcourant le site nombre de ses ouvrages chroniqués. Petit effet plaisant d'une adaptation cinématographique très réussie pour le roman qui précède cet ouvrage : la musique a changé. On n'entend plus le bluegrass du fin fond des bayous ou les longues envolées lyriques du bop en arrière-plan sonore, mais l'électro suave indé qui a fait les beaux jours de la bande-son du film. Pour ce qui est du reste : une intrigue un peu absconse, dont les différentes digressions font le charme mais pourront rebuter les esprits cartésiens épris de chronologie carrée. On a le fin mot de l'histoire à la fin de l'histoire, justement. Mais ce n'est pas ce qui fait l'intérêt de ce court roman. Il faut accepter de se laisser immerger dans l'ombre complice de la maraude dans la banlieue des mégalopoles d'outre-Atlantique, les motels cafardeux et les diners ouverts 24h/24. Du noir comme on les aime, limpide et opaque alternativement, un chant d'amour à la farouche solitude des héros qu'affectionne James Sallis. Un bijou, je vous dis.

Marion Godefroid-Richert

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