Toi

Zoran DRVENKAR

Livre de poche, 2013
Traduit de l'allemand par Corinna Gepner



Rute, Nessi, Schnappi, Taja et Stinke. Cinq adolescentes d'aujourd'hui, toutes plus libres et rebelles les unes que les autres. Elles se sont connues au lycée à Berlin, et ont réalisé un de ces pactes tout feu tout flamme typique de leur âge qui les lie de manière indéfectible - pensent-elles. Elles vont avoir l'occasion de se le prouver. Le père de Taja meurt au cours d'une dispute homérique avec sa fille. Ce décès va plonger la petite bande et une bonne partie des jeunes hommes qui leur gravitent autour dans un maelström de violence, et dans une poursuite effrénée qui les conduira jusqu'à un fjord perdu norvégien, dans un hôtel oublié du bout du monde. De son côté, un énigmatique tueur de masse trace sa route sur plus de vingt-cinq ans et finira pris dans les rets de cette vengeance familiale à laquelle rien ne le destinait au départ. Le Voyageur, comme on l'appelle dans la presse à chacune de ses apparitions rares mais meurtrières, va offrir un point final en apothéose à la traque des cinq demoiselles par le gangster le plus sociopathe de Berlin.

Le titre du livre donne sans qu'on s'en doute un indice précieux sur sa rédaction. L'auteur utilise un artifice stylistique assez original : chaque chapitre raconte l'histoire du point de vue d'un personnage différent, en utilisant la deuxième personne du singulier. Les chapitres se recouvrent parfois, mais souvent se succèdent pour donner une histoire cohérente bien que racontée de manière morcelée. J'avoue que bien que le système d'écriture ne se révèle au bout du compte pas désagréable, il m'a gênée au départ pour entrer dans l'histoire. Il m'a bien fallu une petite centaine de pages (sur 666 en tout) pour me laisser faire par cette drôle de distance mise en place entre le lecteur et le récit. A la fin on obtient un thriller soigné, avec une galerie de personnages riches et non caricaturaux, que ce soit ceux de premier ou de second plan. Les filles sont assez précisément décrites pour qu'on en saisisse l'énergie explosive et la marginalité revendiquée de leur caractère devient de ce fait assez plausible pour ne pas sombrer dans le ridicule. Le contexte éducatif ayant abouti à la création du monstrueux oncle de Taja est lui aussi effrayant de par son côté vraisemblable. Il n'y a guère que le Voyageur dont la motivation reste un peu lointaine car échappant un peu aux codes du genres. D'habitude les auteurs passent par la case obligatoire enfance solitaire - tendance à la violence ritualisée - traumatisme fondateur - passage à l'acte. Là, on est dans la liberté créatrice, l'écrivain se refusant également à en faire une espèce de démon/génie du mal. Il assume la gratuité des tendances homicides de son personnage, qui ne cesse jamais d'être humain et n'est même pas décrit comme un déséquilibré. Ca peut sembler curieux mais ce tueur arrive quand même à se tenir et à rester intéressant jusqu'au bout. Un thriller soigné donc, et dont on peut recommander la lecture. De quoi peupler quelques soirées hivernales venteuses de ce début d'année tempestif !

Marion Godefroid-Richert

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