Le Jardin de bronze

Gustavo MALAJOVICH

Actes Sud, 2014
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Claude Fell



Les Danubio, une famille argentine comme les autres. Fabian et Lila, les parents et Moira, leur petite fille de quatre ans. Ils vivent à Buenos Aires, dans un appartement où Cecilia, une jeune fille péruvienne vient s'occuper de Moira. Un jour, à l'occasion d'une sortie pour un anniversaire, Cecilia et Moira se volatilisent. Commence le long calvaire de l'attente, de l'angoisse et du cauchemar de ceux qui restent après une disparition. Tandis que toutes les forces de police de la capitale se mobilisent pour retrouver les deux enfants, la petite et la grande, les Danubio cèdent au désespoir. Lila, déjà fragile, ne supporte pas la pression et se suicide. Pour Fabian, la lutte se poursuit pendant dix ans au cours desquels l'enquête le mènera aux confins du pays, dans un territoire quasiment vierge où la folie d'un homme a rampé pendant vingt ans entre les eucalyptus d'un jardin sauvage. La recherche de la vérité de Fabian sera une quête dangereuse où il se brûlera les ailes, comme un Icare moderne.

C'est, paraît-il, le cauchemar ultime de tous les parents. Plus que la mort ou l'accident, l'enlèvement est une tragédie car on ne peut jamais étouffer l'espoir de retrouver l'enfant disparu, et donc jamais laisser reposer en paix le souvenir. Condamné à errer dans sa propre existence jusqu'à la fin, avec le sentiment irrémédiable de la perte. La mise en scène qu'en propose l'auteur est intéressante, car se déroulant sur une longue période. Sa couleur locale est assurée par des coups de griffes profonds sur la corruption politico-policière qui règne an Argentine, plus que sur la description des sentiments du père éprouvé. On a l'impression, mis à part les noms et les lieux, que l'homme mis en scène pourrait être son voisin de pallier. Comme quoi, certaines situations paraissent avoir un parfum d'universalité. Ici, sur une trame assez classique se brode un récit précis, au rythme soutenu sans être haletant. Le point de vue adopté est uniquement celui du père, pas un héros malgré lui mais plutôt un type ordinaire plongé dans une situation extraordinaire. A la fin, confronté à l'homme qui lui a tout pris, c'est sans état d'âme qu'il se défend et on ne peut qu'approuver tant il n'est pas question de vengeance mais de survie. Et dans les quelques derniers chapitres, où Moira revient à la vie, on ne peut là aussi qu'adhérer : qui pourrait redevenir la même personne après dix ans de séquestration avec un fou ? Est-il seulement possible d'imaginer pour une famille subissant cette horreur une chance même infime de revenir au bonheur simple d'avant ? Toutes questions abordées avec talent par l'auteur, qui ne néglige pas les seconds rôles et sait mettre en place tout au long du récit des petits indices qui, une fois le livre refermé, rendent cohérents l'intrigue et le cheminement de celle-ci. Un bon polar, pas inoubliable mais de bonne facture.

Marion Godefroid-Richert

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