Une histoire d'hommes

ZEP

Rue de Sèvres, 2013



Yvan prend l'avion pour aller passer un week-end en Angleterre avec ses vieux amis Franck et JB chez Sandro, son frère qu'il n'a pas revu depuis dix-huit ans. A l'époque, ils formaient un groupe, les Tricky fingers, qui semblait bien parti pour monter au firmament de la gloire. Un incident lors de l'enregistrement d'une émission de télé de la BBC a tout fait capoter, et le groupe s'est séparé. Depuis, Sandro a poursuivi sa carrière en solo et est devenu un rockeur de notoriété planétaire. Quant à eux, ses trois acolytes ont pris des routes séparées. Ce petit séjour va permettre retrouvailles, explications et toutes ces choses qu'on fait au début de la quarantaine quand on commence à se retourner sur sa vie et à faire les premiers bilans.

Ce n'est pas la première fois que l'auteur de Titeuf donne dans une veine adulte, intense, réaliste, etc. Voir entre autres Découpé en tranches, que j'avais beaucoup aimé. Ce one-shot, je l'attendais donc de pied ferme, avec gourmandise et impatience. C'est vous dire si j'avais un a priori plutôt positif en l'ouvrant, surtout qu'il faut bien avouer que la plupart du temps le sale môme à mèche blonde m'ennuie plus qu'il ne m'amuse mais que j'aime assez les autres ouvrages humoristiques du bonhomme (Happy Sex, Les Filles électriques, L'Enfer des concerts pour n'en citer que quelques uns). Petite déception pour cet album. Très bien dessiné, car l'olibrius est soigneux, avec une belle mise en page, des couleurs dans des gammes froides sans êtres cliniques, en adéquation avec la tonalité un peu amère de ces portraits groupés. Mais bon, une histoire très classique. Pas cliché, mais sans grand intérêt. On voit venir de loin ce qu'Yvan apprend page 48, mais ça n'apporte pas plus de ressort à l'intrigue que ça. Le personnage central de l'histoire est un grand enfant de quarante ans et quelques. Très justement décrit par son auteur, qui en fait un exemplaire très convaincant d'homme immature et velléitaire. Moralité il n'est pas intéressant, un de ces types qu'on a soi-même l'impression d'avoir croisé en une vingtaine d'exemplaire dans autant de soirées et sur lesquels on ne s'est pas attardé. En tant que femme, j'ai été assez d'accord avec Annie page 52 : "Tu ne m'as jamais manqué". On ne saurait mieux dire. Yvan n'est pas méchant mais il est à ranger irrémédiablement dans la catégorie erreur de jeunesse, en tout cas au moment de sa vie où Zep a choisi de le décrire. A la fin, un espoir de changement ne suffit pas à éveiller l'empathie. En conclusion, de là à se dire que la seule chose qui a fait l'intérêt de l'album pour son éditeur est la nature "retour sur investissement plus que probable" de son auteur, il n'y a qu'un riff.

Je ne le recommande pas pour ma part, le dessinateur suisse a fait bien mieux.

Marion Godefroid-Richert

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