Triangle rose

Michel DUFRANNE, Christian LEROLLE, Milorad VICANOVIC-MAZA

Soleil, 2011



Sous le régime nazi, le paragraphe 175 est l'article du code pénal allemand qui a permis d'envoyer les homosexuels en camp de concentration. Mais l'histoire débute beaucoup plus tôt puisque c'est dès 1794 que la loi prussienne condamne l'homosexualité masculine.

L'album prend pour prétexte un devoir de lycéens d'aujourd'hui sur les camps, pour revenir sur cette terrible histoire, avec pour personnage principal Andreas, grand-père d'un des lycéens mais aussi homosexuel vivant à Berlin dans les années 30. On parcourra toute l'histoire d'Andreas : années 30 à Berlin, déjà brunes, où certains homosexuels pensent déjà qu'ils seront pourchassés, d'autres étant persuadés que l'attitude de Röhm et de ses mignons est un vrai rempart contre une telle persécution. 1933, la nomination d'Hitler au poste de chancelier va doucher les incertitudes des plus optimistes. L'histoire d'Andreas continue, sur dénonciation de la concierge de son immeuble, par la prison où le sort des "175" n'est guère enviable. Puis, Andreas passe sept années en camp pour la simple raison qu'il est un "pédé" !

Le sort des homosexuels sous les nazis, on le connaît, encore qu'on en ait encore trop peu parlé. Mais j'avoue avoir jusqu'ici ignoré qu'au retour des camps, les homosexuels ont été rejetés par leurs compatriotes car n'étant pas de "vrais prisonniers", ou pas dédommagés financièrement en raison du motif de leur détention. Bref, avant, pendant et après la guerre, être "175" en Allemagne, c'est être banni de la société. Mais en France aussi, où en 1985 de violents affrontements homophobes ont eu lieu lors de commémorations.

Triangle rose, le symbole utilisé par les nazis pour marquer les homosexuels masculins dans les camps : une histoire émouvante du destin d'Andreas. Un scénario bien établi dans lequel on sent monter la pression de l'Allemagne nazie envers les homosexuels. Quel terrible dessin que celui de la page 62 qui montre l'un des amis d'Andreas seul au milieu de la foule exécutant le salut nazi !

Reste à écrire l'histoire des femmes homosexuelles de cette époque, même si elle est abordée dans le personnage d'Angela, homosexuelle elle aussi, que les "amusements" des nazis pendant la guerre n'ont pas oubliée.

Marc Suquet

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