Point Zéro

Antoine TRACQUI

Critic, 2013



Une autre chronique sur notre joli coup de coeur de ce début d'année. On ne reviendra pas sur l'intrigue, elle tient en trois lignes ou bien en vingt ! Un excellent thriller se résume ou très facilement ou très difficilement. Le pitch est simple, les péripéties et les personnages ne le sont pas. Qu'ajouter sans devenir redondante ? Pas grand-chose, je ne voudrais gâcher le plaisir de personne ! C'est assez difficile de rajouter des détails croustillants sans dévoiler les coups de théâtre de l'intrigue, et il y en a un paquet.

Commençons par le début : il y a un plaisir extrême à courir sur presque toutes les mers du globe, à dévaler les derniers ilôts de sauvagerie de cette planète à la poursuite d'une chimère technologique dont l'auteur n'évacue jamais les potentialités destructrices. On n'entre pas très profondément dans le débat du pour/contre des grandes inventions scientifiques (vous savez, la dissertation à laquelle on n'échappe pas en tant qu'élève dans les filières scientifiques au lycée : "science sans conscience n'est que ruine de l'âme"). Néanmoins c'est une donnée non négligeable de l'intrigue et le machiavélique auteur du roman se débrouille pour que ça enrichisse le propos et en soit même un moteur sans alourdir l'action. Le bougre se fait plaisir au passage et nous expose avec une délectation communicative son dada personnel : un improbable amour des niches techno-scientifiques multi-centriques (balistique, avionique, mathématique, etc. tique-tique). Comme nous l'a dit si justement le chroniqueur mauvais-genriens qui nous a jeté le pavé à la face il y a quelques mois : "Faut le lire. Si si. C'est vachement bien, et en plus le mec est azimuté, comme il est médecin légiste il écrit comme il dissèque : en explorant chaque couche avant de passer à la suivante !". On pourrait croire que ça nuit au rythme, au suspense, à l'intérêt. Que nenni ! En fait c'est captivant, et c'est d'ailleurs un remarquable tour de force. Comment diable le bougre arrive-t-il à intégrer si bien autant de détails pointus sur autant de sujets obscurs et à nous les faire ingurgiter sans qu'on se retrouve à étouffer au bout de chaque chapitre ? Petit mystère, je ne pense pas arriver à donner la mesure du talent de l'animal autrement qu'en filant ma métaphore favorite, à savoir culinaire : tout est une question de dosage et de moment. Le livre est écrit en quatre parties, chacune recouvrant une phase "géographique" de l'opération et décrivant l'avancée des deux équipes adverses. On referme l'ouvrage en se disant qu'il a beau ne pas avoir éclairé toutes les zones d'ombre du scénario, cela ne nuit pas au récit et on s'est parfaitement régalé. Laissant le champ libre à l'imagination ou bien à une suite possible ? La postface très concise ne laisse pas vraiment espérer un retour de toute l'équipe au service d'une autre aventure haletante, mais l'auteur y fait montre d'une certaine malice en comparant l'histoire à un puzzle inachevé dont en retrouvant quelques pièces manquantes on fait apparaître le motif général. Je ne "spoilerai" rien je pense en disant que pour ma part j'aimerais en savoir plus sur Michael... Rendez-vous chez votre fournisseur préféré pour commander l'ouvrage, l'éditeur est pour l'instant encore assez confidentiel et donc pas forcément très bien distribué, mais gageons que ce goût sûr en matière de nouveau talent (car oui, c'est un premier roman) lui ménagera bientôt une reconnaissance à la hauteur de son audace publicative.

Marion Godefroid-Richert

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