Maître de la matière

Andreas ESCHBACH

L'Atalante, 2013
Traduit de l'allemand par Pascale Hervieux



La dernière livraison d'Andreas Eschbach raconte les rencontres successives de Charlotte et Hiroshi à différentes étapes de leur vie. Enfants, elle est fille d'ambassadeur au Japon et lui, fils de blanchisseuse, vit avec une obsession : "Je sais comment faire pour que tout le monde soit riche." Jeunes adultes, ils se retrouvent lors de leurs études au MIT, où Hiroshi est devenu un génie de la robotique. Et enfin, sur l'île de Saradkov, au large de la Sibérie, où Charlotte participe à une mission. Un lien qui n'est pas de l'amour, mais plutôt celui d'une belle amitié. Le scénario tourne également autour du projet d'Hiroshi : un projet scientifique qui devrait lui permettre de résoudre son obsession.

Le livre fréquente à plusieurs reprises le registre du fantastique : Charlotte possède un pouvoir étrange qui lui permet de percevoir l'histoire d'un objet lorsqu'elle le touche, mais aussi l'invention d'Hiroshi qui se libère de la tutelle paternelle pour causer bien des dégâts !

Andreas Eschbach profite de certains méandres du scénario pour aborder des questions telles que : riches/pauvres ("les riches ont besoin des pauvres pour travailler à leur place"), la pollution de Minamata ("que des atomes, les plus petites particules de la matière, soient capables de provoquer un tel cataclysme dans l'organisme était atroce"), le ménage ("on peut seulement réduire la saleté présente à un niveau acceptable"), la science ("dans le monde universitaire, ce qu'on disait était souvent moins important que qui le disait"), ou encore le travail des enfants. L'auteur a dû potasser pour nous parler, par exemple, de cette bactérie, récupérée vivante sur la paroie externe du module lunaire et qui possède l'étrange capacité de réparer son ADN en quelques heures !

Un gros bouquin (638 pages) mais dans lequel on ne s'ennuie pas grâce au rythme, aux situations inattendues, à l'humanité de l'histoire qui se construit entre Charlotte et Hiroshi, mais aussi aux sujets abordés par l'auteur : superbe ainsi la balade que Charlotte propose à son ami, en lui représentant différents évènements sur l'échelle du temps mesurée en termes de distance parcourue par les deux promeneurs... jusqu'à la sortie de la ville où ils arrivent enfin aux origines du monde.

Bref, un bon bouquin qui se lit facilement.

Marc Suquet

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