Génération A

Douglas COUPLAND

Au Diable Vauvert, 2013
Traduit de l'anglais (Canada) par Christophe Grosdidier



Dans un futur proche, l'humanité a du mal à manger des pommes. Non, les dents n'ont pas disparu ! Mais par contre les abeilles, si. Action des différents insecticides et autres engrais ? Complot scientifico-politique ? Personne n'en sait trop rien. Toujours est-il que quand Zack, jeune homme un peu marginal, un peu paresseux et assez intelligent se fait piquer en plein milieu de son champ de maïs par une de ces petites déesses rayées duveteuses, c'est le branle-bas de combat. Cela faisait cinq ans que l'on considérait qu'elles avaient disparu de la surface du globe, et que les rares fruits et légumes disponibles sur le marché étaient pollinisés à la main. Serait-ce une seconde chance ? Dame nature, dans sa grande mansuétude, aurait-elle dépêché ce minuscule émissaire en guise de drapeau blanc ? le monde entier s'interroge. Puis, assez rapidement, quatre autres personnes dans quatre autres endroits de la planète se font piquer à leur tour. Pour ces cinq êtres humains qui ne s'étaient jamais rencontrés commence une aventure qui les soudera au-delà de ce qu'ils avaient jamais pu espérer.

Autant le dire tout de suite, ça commence très bien, très fort. Les chapitres sont écrits du point de vue de ces cinq piqués tour à tour. On a une exposition extrêmement riche, cocasse, mordante de ces humains rigolos. Leurs cursus, leurs philosophies, leurs entourages, tout concourt dans un premier temps à un croquis savoureux qui fait beaucoup penser à Chuck Palahniuk en train de partager un petit joint avec Edward Abbey. Tout roule parfaitement pendant plus de la moitié du livre... et puis s'enlise dans un galimatias à peine explicable. Alors que la présentation des protagonistes était captivante, l'articulation de leurs interactions est décevante. Interviennent un savant pas vraiment fou mais totalement sans scrupule, une drogue de son invention, une élaboration de conscience de ruche entre les cinq jeunes gens... tout cela dans une intrigue floue, avec des rapports très lâches, mal explicités et mal exploités. Alors, avouons un tort de taille : je n'ai pas lu Generation X, le chef d'oeuvre de l'auteur, dont cet opus est censé être non pas une suite mais une sorte d'héritage. Je n'ai donc pas de point de comparaison. Mais un petit tour sur l'article qui lui est consacré dans Wikipedia semble me confirmer que le bougre a ce défaut bien implanté depuis un certain temps. C'est dommage. Je me suis authentiquement régalée au début. C'est très bien écrit, ça dégage une belle énergie. La fin gâche le début et le propos en plus, car la perspective envisagée par l'auteur n'est pas du tout farfelue. La disparition des abeilles est une préoccupation majeure de certains scientifiques, voir ici (il y a d'autres sites, celui-ci a le mérite de la concision et de la clarté). La génération A est censée être celle du renouveau de l'humanité, un peu flippante sans les abeilles. Pour conclure sur ce livre, je reconnais un demi-succès. Pour les personnages, très bien. Pour l'intrigue, aïe. Mais il faut suivre l'auteur. Un jour il va peut-être finir par arriver à terminer un récit aussi bien qu'il l'a commencé.

Marion Godefroid-Richert

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