Le Loup des mers

RIFF REB'S

Soleil, 2012



Humphrey Van Weyden traverse la baie de San Francisco à bord d'un vapeur quand celui-ci fait naufrage. Recueilli à bord de la goélette Le Fantôme à destination du Japon, il est enrôlé de force dans l'équipage par le capitaine Loup Larsen. Véritable force de la nature, il terrorise son équipage, mais peu à peu une sorte de respect vient lier les deux hommes...

Je voudrais commencer cette chronique par une anecdote. Je n'ai pas lu le roman de Jack London, mais j'ai vu le téléfilm de 1993. Celui-ci mettait en scène Charles Bronson (1 m. 70) dans la peau de Loup Larsen, tandis que Christopher Reeve (1 m. 93) interprétait Humphrey Van Weyden. Malgré toute l'estime que j'ai pour ces deux comédiens, la confrontation ne fonctionnait pas du tout et je n'ai qu'un vague souvenir de l'intrigue...

Librement adapté de l'oeuvre de Jack London, ce pavé (134 pages) se lit d'une traite. Après nous avoir fait voguer sur L'Etoile Matutine, Riff Reb's signe avec talent Le Loup des mers dans la même collection (Noctambule).

A travers 17 chapitres, on vit les mésaventures d'Humphrey et son intégration à l'équipage. Narrateur, il nous rapporte chaque fait de Loup Larsen. Etonnant personnage, aussi brutal que civilisé, aussi fou qu'incroyablement intelligent. Comme Humphrey, le lecteur ne pourra pas discerner le faux du vrai dans le caractère de cet étrange capitaine. Si étrange qu'on est fasciné. Quant à Humphrey, l'homme civilisé qu'il était s'éteint peu à peu au contact de ces hommes de la mer. La sauvagerie animale refait surface et l'apogée (ou la perte ?) sera la venue d'une naufragée. J'ai rarement lu un texte aussi prenant. L'auteur a pris toute la substantifique moelle du roman et fait de cette libre adaptation un condensé séduisant où rien n'est à jeter. Encore une fois, je n'ai pas lu le livre, mais les différents extraits lisibles sur Internet collent à cette bande dessinée.

Qui dit bande dessinée, dit graphisme et Riff Reb's nous offre un joyau du neuvième art. On connaît le trait acéré du Bal de la sueur (avec son compère Cromwell), le rond de La Carotte aux étoiles et, si nous avions une vague idée de la maîtrise graphique dans A Bord de L'Etoile Matutine, celle-ci se confirme. L'auteur construit avec une telle aisance le décor et les personnages qu'on s'y croirait. Tout est dans le détail : les yeux, les vêtements, les positions des personnages. C'est une véritable pièce de théâtre (à l'air libre) qui se déroule sous nos yeux. Quant aux couleurs, elles parsèment le livre comme autant d'ambiances. A chaque chapitre sa couleur, annonçant le pire ou le meilleur. Et si vous trouvez que cette BD est rock'n roll, vous aurez raison !

Bande dessinée ? Roman graphique ? Adaptation dessinée ? Faut-il vraiment un mot précis pour décrire ce bijou qui devrait être dans votre bibliothèque ? Deuxième incursion de Riff Reb's dans la collection Noctambule, deuxième réussite ! Lecteur, si tu lis ce livre, largue les amarres !

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