La marionnette

Alain DODIER

Dupuis, 2003
Dix-septième tome de la série : "Jérôme K. Jérôme Bloche"



Dans "La marionnette", dix-septième tome des aventures de Jérôme K. Jérôme Bloche, notre détective privé parisien, accueille une jeune femme, petite brune aux yeux de biche, plutôt bien roulée, qui sollicite son aide pour retrouver son amant disparu depuis quinze jours. Difficile tâche puisque la demoiselle en détresse ne connaît que le prénom de l'élu de son coeoeur : Benoît ! De lui, elle ne dispose d'aucune photographie et ne sait pratiquement rien d'autre, ni son adresse, ni son numéro de téléphone, encore moins la profession qu'il exerce... Seulement que cet homme est riche et plus âgé qu'elle ! Cela fait un an que tous deux se fréquentent, mais elle est sans nouvelle de lui depuis qu'il est parti sans un mot le jour où elle lui a annoncé qu'elle était enceinte... Avec si peu d'indices, Jérôme doute des affirmations de la jeune femme et demeure réservé, prudent et moins "acteur" que d'ordinaire, mais les événements s'enchaînent...

Une aventure de Jérôme K. Jérôme Bloche, c'est avant tout une histoire efficace, habilement montée avec beaucoup de cases par page, une narration impeccable, de nombreux rebondissements, un coup de crayon sûr, expressif et affûté, et une lisibilité parfaite. "La marionnette" ne déroge en rien à la règle. Il y a là bien sûr une histoire très classique d'enquête menée par un privé dans laquelle on retrouve avec plaisir un personnage récurrent, héros sympathique au visage rondouillard surmonté d'une tignasse hirsute, privé au look proche de celui de Columbo avec son imperméable nettement défraîchi et son Solex pétaradant. Mais il y a aussi tout le reste, c'est-à-dire toute une description sensible et humaine de la vie d'un quartier populaire parisien (l'esprit "Amélie Poulain" est proche !). Par ailleurs, il n'y a aucune prétention dans cette série, pas de "héros qui sauvent le monde", pas de décors spectaculaires... juste la vie quotidienne retranscrite avec un sens aigu de l'observation et beaucoup de justesse. D'où un délicieux moment de bonheur, un savoureux "feuilleton" au sens noble du terme, avec ses figurants devenus des amis tels M. Burhan, l'épicier du coin, le facteur, Mme Rose, la concierge amoureuse de littérature hautement romantique, ou encore le patron du bistrot... Le dessin est un monument de justesse : les personnages sont on ne peut plus vivants ! La palette de couleurs appliquées en aplats est douce, belle... et sans poudre aux yeux.

Bref, c'est frais, drôle, tendre, divertissant, intelligent, profondément humain : un très bon cru qu'on savoure avec gourmandise.

MGRB

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