Raclée de Verts

Caryl FEREY

Pocket, 2013



"A voir mon aspect bonhomme, on ne dirait pas mais je suis quelqu'un d'ultrasensible..." (p. 47)

Celui qui se prétend ultrasensible s'appelle Michel. Michel Guichard, 39 ans. Il habite une modeste demeure en banlieue de Saint-Etienne. Il y vit heureux et oisif avec Janvion, son vieux chien. Supporter de l'équipe de foot de Saint-Etienne, Michel ne vit que pour le foot, ne pense qu'au foot... Le foot constitue son unique univers. Cet admirateur nostalgique de la grande équipe des Verts - d'où le nom de son chien, Janvion, hommage à l'ancien arrière droit de l'équipe mythique de 1976 - a cependant quelques problèmes. Il est interdit de stade et ne peut suivre les matchs de son équipe fétiche qu'à la télévision. Oui, mais voilà ! Les jours de match, Michel est gagné par le stress. Pour faire baisser l'adrénaline, il lui faut étrangler une vieille dame qu'il a repérée et suivie... Après son forfait, "il prend soin de la voler, de la dépouiller..." Le butin, souvent maigre, lui permet tout de même de subsister, misérablement, il est vrai... Un autre problème va alors se poser à Michel, bien plus grave apparemment : après chaque nouveau meurtre, notre supporter stéphanois va se réveiller avec un sens en moins. Ce sera tout d'abord l'odorat, puis le goût, puis le toucher...

Le début de la descente aux enfers...

A propos de cette pochade très noire et très percutante, l'auteur a déclaré : "Un délire qui, personnellement, m'a permis d'écrire en pleurant (de rire, face à la connerie du personnage)."

C'est vrai qu'il est gratiné "le" Michel : totalement obnubilé par son unique passion, le football. Mais uniquement le football pratiqué par son équipe favorite. Il rumine encore l'échec de cette dernière en coupe d'Europe, en mai... 1976 ! "Fichus poteaux carrés !..."

"Le" Michel ? Un homme qui accumule les tares. Un maximum de tares. Supporter chauvin, demeuré, stupide, borné, sexiste, raciste... et tueur de vieilles dames !

Si Caryl Férey s'est, à l'évidence, fait plaisir en écrivant ce (trop ?) court récit loufoque, totalement déjanté, une sorte de farce, "un livre qui déconne", une parenthèse entre deux romans "sérieux", il fait également plaisir à ses lecteurs avec cette histoire originale et quelque peu cruelle. Une histoire "complètement barrée" et superbement écrite. Il faut saluer à nouveau l'imagination et la drôlerie d'un auteur talentueux qui nous offre avec Raclée de Verts un savoureux moment de lecture... Une fois de plus !

Roque Le Gall

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