L'Homme de Lewis

Peter MAY

Actes Sud, 2013
Traduit de l'anglais (Ecosse) par Jean-René Dastugue



Fin Macleod est revenu sur l'île de Lewis, cette fois-ci de manière pérenne. Ses divorces sont consommés : avec son épouse, son métier d'enquêteur et toute la vie patiemment élaborée à Glasgow. Tout cela est parti en fumée le jour terrible de la mort de son fils. Il ne sait plus vraiment où il en est mais une chose lui paraît certaine, il ne peut rebondir, redémarrer quelque chose qu'à partir de sa terre natale. Son arrivée coïncide avec une découverte étrange et rare. Des villageois ont exhumé de la tourbe qu'ils taillaient pour en faire du combustible un corps momifié, parfaitement conservé. Après analyse, il apparaît que la mort remonte à une cinquantaine d'années, et que le jeune homme serait lié à Tormod Macdonald, le père de Marsaili, l'amour d'enfance de Fin. Mais le vieil homme se perd en douceur dans les brouillards de la démence sénile d'Alzheimer. Dès lors, reconstituer l'identité du disparu et les circonstances de sa disparition tient de la gageure. Mais la patience de Fin, les discours décousus de Tormod et une nouvelle plongée dans le passé vont porter leurs fruits. Bien amers en vérité, puisque l'enquête va remettre au jour ce que la société écossaise a fait pendant des années de ses orphelins catholiques. Des destins individuels et collectifs dramatiques et cruels, quand on considérait encore les enfants comme une subdivision à peine particulière du mobilier.

Deuxième volet que l'auteur consacre à l'île de Lewis, le récit tient ses promesses. La même âpreté, la même douloureuse lutte pour la survie, les mêmes passions que dans le premier opus, mais sans redondance. L'auteur arrive à nous faire accompagner son personnage principal avec sympathie, au sens premier du terme. L'enquête est passionnante, trouvant de douloureux échos avec ce qui a pu être décrit sur les couvents de la Madeleine en Irlande (qui a donné lieu à la réalisation d'un film de Peter Mullan, The Magdalene Sisters, qui a fait polémique au Vatican). Sans bien sûr vouloir généraliser et pointer du doigt qui que ce soit, encore un magnifique exemple de ce que peut donner l'abus de position morale dominante. Par ailleurs, l'auteur soigne l'entourage de son enquêteur en nourrissant une intrigue secondaire autour du fils de Marsaili et de sa petite famille. Là aussi on accompagne volontiers le combat tranquille mené par Fin contre son vieil ami Donald Murray pour lui faire accepter la prise de responsabilité des deux jeunes gens autour de leur petite fille. Encore un bel ouvrage, qui continue d'éclairer sur les moeurs insulaires des Hébrides écossaises, avec une histoire de vendetta qui ne déparerait pas en Sicile. Suite et fin à venir de cette saga dans le troisième et dernier ouvrage, Le Braconnier du lac perdu, dont je vous livrerai prochainement la chronique (lecture en cours) !

Marion Godefroid-Richert

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