Et l'été finira

Maurice GOUIRAN

Jigal, 2012



Gouiran, il aime bien les recoins oubliés de l'histoire, les zones d'ombre dont on est pas toujours fier. A La Provence, Jean Contrucci dit de lui : "Le mérite de Maurice Gouiran est de savoir faire s'engouffrer sous une intrigue policière le grand vent de l'Histoire. Et particulièrement le vent mauvais..." Après l'Italie de Mussolini, le génocide des Arméniens ou encore la colonisation, Et l'été finira nous entraîne dans les bas-fonds extrême-droitistes de Marseille. Ca n'était pourtant pas l'intention de Clovis Narigou, qui ne rêvait que de vacances sea, sex and sun, dans les calanques ou entre les bras généreux d'Olivia, la Méditerranéenne brûlante de passion et de Laurence, qui puise dans ses expériences passées un savoir-faire de geisha. Le soleil, la mer, l'amour et la pizza aux anchois, ça s'annonçait plutôt bien !

Eh bien non ! En cette fin d'été 1973, un chauffeur de bus est assassiné. Un meurtre qui fait remonter de vieilles passions pas toujours avouables : la naissance du FN en 1972, les ratonnades à Grasse, le flic raciste... Qui se souvient des massacres d'Aigues-Mortes, le 12 août 1893 ? Le plus grand massacre d'immigrés, italiens, de l'histoire française contemporaine et dont tous les auteurs furent acquittés. Maurice Gouiran explore les détails de ces évènements : les déclarations sympathiques de Gaston Deferre ("Qu'ils aillent se faire pendre où ils voudront ! En aucun cas et à aucun prix, je ne veux des Pieds-Noirs à Marseille.") ou encore celle de Gabriel Domenech ("Nous en avons assez. Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens..."), mais aussi les réactions anti-racistes d'organisations chrétiennes. Une ambiance chaude à Marseille, dont le bilan pourrait être d'une cinquantaine de morts.

Même si l'intrigue est un peu longue à démarrer, on plonge dans ce Gouiran comme dans tous les autres. Une valeur sûre qui ne trompe pas. A coup de marseilleries, d'estaque, de niston et de rosé dégusté avec Bati, le grand père de Clovis qui ne se remet guère de la mort de sa femme, Gouiran enchante toujours son lecteur. Un parfum vintage fait de Teppaz, d'Alende, de Solex (le fameux 3008 avec son galet sur la roue avant) et de Dupont Lajoie. L'art de Gouiran est dans l'ambiance qu'il sait mettre dans ses bouquins mais aussi dans ses retours sur l'Histoire, une histoire pas toujours proprette. Pas de problème, Gouiran est dans Et l'été finira.

Marc Suquet

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