Scintillation

John BURNSIDE

Métailié, 2011
Traduit de l'anglais (Ecosse) par Catherine Richard



"Pourtant, si on veut rester en vie, ce qui n'a rien de facile dans un endroit comme celui-ci, il faut aimer QUELQUE CHOSE..." (p. 76).

"C'est comme ça que marche le monde. Les méchants gagnent et les autres font semblant de ne pas avoir remarqué ce qui se passe, histoire de sauver la face..." (p. 98).

Une péninsule quelque part en Ecosse... Il y a d'abord l'Extraville puis l'ancien terrain de golf. Idéalement situé, il marque la frontière entre l'Extraville, ses gens bien, ses belles maisons... et l'Intraville. L'Intraville... une sorte de ghetto pour ouvriers contaminés, empoisonnés, au chômage, au rebut. Depuis des générations, ils ont travaillé pour l'usine chimique, aujourd'hui abandonnée, située au milieu d'une friche industrielle. Les gamins quelque peu sauvages de l'Extraville, négligés par les parents, se sont appropriés cette friche et son usine polluées. Elles constituent à présent leur terrain de jeux. De temps en temps, certains d'entre eux disparaissent. "On" les appelle les "enfants perdus" car, par faiblesse, par lâcheté, "on" les considère comme des fugueurs... Quand l'un de ses amis vient à disparaître, le jeune Leonard, pas encore quinze ans, à l'existence plus que difficile mais encore plein d'espoir et de passion, Leonard, qui aime les livres, les filles... et l'usine chimique, Leonard va chercher à connaître la vérité.

Difficile de ne pas aimer Leonard, le personnage central et le narrateur principal de Scintillation, roman qui m'a donné l'envie de mieux connaître John Burnside, poète écossais reconnu avant de devenir romancier. Difficile également de ne pas être plus qu'intrigué par l'énigmatique "homme papillon", "l'ange nécessaire". Citons encore John, "le bibliothécaire fou", Morrison, le policier local qui savait tout mais n'a rien fait, Brian Smith, le magnat local, le truand qui fait la loi dans la péninsule depuis son habitation cossue de l'Extraville... Et puis, il ne faut surtout pas oublier de citer un personnage important, un personnage majeur de Scintillation : le décor ! L'Intraville et sa friche industrielle. Une sorte d'enfer contemporain, un no man's land, une zone sinistrée et abandonnée, un endroit dont tout le monde se fout.

Les premières pages pourraient donner à penser que Scintillation est un thriller, mais le lecteur s'aperçoit vite que ce n'est pas si simple. Roman policier ? Roman d'anticipation ? Conte fantastique ? Parabole ? Pamphlet ? Scintillation est un roman inclassable, à la narration éclatée, et totalement magique. Un roman qui vous coupe littéralement le souffle...

  L'auteur - talentueux - qui nous décrit une communauté post-industrielle dans un cadre de vie pathogène, nous amène à réfléchir sur le renoncement de l'Etat face à une catastrophe écologique... Il nous amène également à réfléchir sur la culpabilité et le péché d'omission : "le péché qui consiste à détourner le regard pour ne pas voir ce qui se passe juste sous nos yeux, le péché de ne pas vouloir savoir ; le péché de tout savoir et de ne rien faire." (p. 24)

Scintillation est un roman étonnant, étrange, surprenant, troublant, déconcertant, dérangeant, angoissant, obsédant, lyrique, onirique, hypnotique, très original. Magique ! Un très, très beau livre ! De nombreuses semaines après sa lecture, ce roman, "vraiment beau, beau comme les vieux films d'horreur qui passent à la télé" continue de me hanter... Magique !

Roque Le Gall

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