La Vérité sur l'affaire Harry Quebert

Joël DICKER

De Fallois, 2012



Harry Quebert est un écrivain respecté et unanimement apprécié, que ce soit de ses pairs ou de ses lecteurs. Il est l'auteur entre autres d'un livre magnifique, Les Origines du mal, qui lui a valu notoriété, succès et fortune. Une belle amitié le lie à un de ses anciens étudiants, Marcus Goldman, qui connaît à son tour un succès fulgurant à la publication de son premier roman. Mais en cet été 2008, alors que vont démarrer les primaires présidentielles des Etats-Unis, un coup de théâtre résonne dans le New-Hampshire, à Aurora, où Harry coule des jours paisibles. Des ouvriers qui creusent dans son jardin pour planter d'innocents hortensias vont déterrer les restes d'un cadavre. Bientôt, la ville, l'Etat et l'Amérique du Nord toute entière apprend qu'il s'agit de Nola Kellergan, jeune fille de quinze ans qui a disparu il y a plus d'un quart de siècle dans des circonstances tragiques. L'enquête menée par les autorités va conduire Harry en prison : il aurait eu une liaison avec cette jeune fille de presque vingt ans sa cadette à l'époque, et des indices laissent penser qu'il pourrait être impliqué voire responsable de sa mort. Marcus vole à son secours, persuadé de son innocence, bien décidé à le blanchir et faire éclater la vérité. Son enquête va l'amener au plus profond des affres de l'amour interdit et des pièges de la création artistique.

Voilà un ouvrage qui semblait prometteur : prix Goncourt des lycéens (plus sérieux que son grand frère le Goncourt-tout-court), publié en "blanche", une longueur qui laissait espérer des développements intéressants. Si on ajoute à cette liste aguichante moult avis élogieux d'un entourage exigeant et de multiples bonnes critiques entendues et/ou lues çà et là, on se disait tenir avec plaisir quelques heures d'ineffable enchantement littéraire. Las ! Il est beaucoup question dans ces pages de sentiments. La romance entre l'adolescente et l'écrivain, l'amitié entre le professeur et l'élève, et plus généralement les rapports entre les différents protagonistes du drame sont très mis en avant, et font plus l'objet d'un traitement sentimentaliste un peu niais et même mièvre. L'enquête elle-même est menée agréablement, et réserve un certain nombre de coups de théâtre et retournements de situation qu'on voit arriver tardivement mais avec soulagement. Quelques-uns sont un peu téléphonés mais ils revivifient un récit qui s'essouffle à ses deux tiers de par la cucuterie générale qui baigne la victime. Un peu gênante aussi est la manière un peu pompeusement docte dont est envisagée l'Inspiration qui mène à la Création Littéraire (vous avez bien vu toutes les majuscules). Quelques détails sont plaisants cependant, et quelques-uns des personnages secondaires du livre apportent une touche humoristique salutaire. Je pense à la mère de Marcus Goldman, archétype hystérico-poussé de la mère juive obtuse, et aussi à l'inspecteur Gahalowood, le bourru-mais-sympa-au-fond. Rien de très original mais qui fait retomber le soufflé eau de rose-vichy layette-longues mèches décoiffées. Quant à la critique promise sur le monde des médias, rien de neuf mes petits agneaux. Alors, ce prix, immérité ? La question est ouverte. En fait je l'aurai applaudi des deux mains s'il avait effectivement récompensé un lycéen, mais là on parle d'un auteur de 28 ans... qui aura certainement des choses intéressantes à dire dans trente ans, je n'en doute pas.

Marion Godefroid-Richert

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