L'Ile des chasseurs d'oiseaux

Peter MAY

Actes Sud, 2011
Traduit de l'anglais (Ecosse) par Jean-René Dastugue



Fin Macleod a grandi sur l'île de Lewis avec quasiment une idée fixe : partir. D'aussi loin qu'il se souvienne, s'échapper, vivre enfin. Dix-huit ans après son départ pour l'université, le voilà qui revient. Sa vie l'a conduit à un destin qu'il ne s'imaginait pas quand il était enfant : il est devenu inspecteur de police à Edimbourg et père de famille. Hélas, un chauffard lui a pris son fils, ce qui a ruiné son mariage. Toujours en deuil, il est envoyé sur Lewis pour se "remettre en selle", choisi par un programme interne de la police pour enquêter sur la mort d'un homme avec lequel il a fait une bonne partie de sa scolarité. Son retour signera pour lui une plongée dans son enfance, dont il avait occulté une partie non négligeable, question de survie. Ange Macrichie, le défunt et ancienne brute de cour d'école, Marsaili, son amour d'enfance, Artair, son inséparable copain dont le père se dévouait à lui donner des cours pour lui permettre d'aller jusqu'à l'université... Tous ces fantômes de son passé se ruent à sa poursuite dès le premier pied posé sur le sol de l'endroit qui l'a vu naître. Remonter le temps est un exercice périlleux, Fin va l'apprendre au bout d'une recherche éprouvante.

Ce roman constitue le premier volet d'une trilogie que l'auteur consacre à l'île de Lewis, dont les deux autres tomes, L'Homme de Lewis et Le Braconnier du lac perdu sont parus en septembre 2012 et janvier 2013. Cette terre des Hébrides écossaises est le siège rêvé d'un récit âpre, noir, violent comme celui que nous livre Peter May. L'histoire, rythmée par les allers-retours entre deux époques de la vie de l'inspecteur, est passionnante, magnifiquement décrite, sans complaisance pour ses protagonistes. Il n'y a pas d'excuse toute faite pour les lâchetés, les silences, les erreurs faites par les individus de cette société en vase clos. Il y a aussi de la grandeur d'âme, des surprises sur les bonnes choses dont certains sont capables, de la fidélité, de la constance, tout ce qui fait une humanité passionnante à observer. Magnifiques sont aussi les descriptions de l'expédition annuelle des hommes de l'île jusqu'à un lointain îlot (nommé "an sgeir", le rocher) recouvert de colonies de fous de Bassan pour en rapporter exactement deux mille oisillons qui sont dégustés comme un mets de choix (les "gugas"), coutume ancestrale qui date du temps pas si lointain où les insulaires en pleine famine n'avaient pas d'autre choix pour faire subsister leurs familles. L'ensemble, enquête et mise sous loupe de cette communauté particulière, font de cet opus un magnifique roman qui donne faim des deux suivants. Je vous tiens au courant de ce qu'ils donnent.

Marion Godefroid-Richert

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