Dark Horse

Craig JOHNSON

Gallmeister, 2013
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides



Cinquième volet des enquêtes du shérif du comté d'Absaroka, l'endroit le moins peuplé de l'Etat le moins peuplé des Etats-Unis. Walt Longmire prête moyennant finances ses cellules aux services de police des comtés voisins, puisqu'elles sont relativement inoccupées. Cela lui permet de maintenir sa tête hors des préoccupations du moment : les élections prochaines, le retour de sa fille Cady à Philadelphie, et que diable faire de Vic Moretti, son adjointe aux yeux dorés et à la présence si troublante ? Il lui échoit donc d'héberger dans sa prison Mme Barsad, magnifique blonde quarantenaire championne de rodéo qui a tué son mari de six balles à bout portant. Le sagouin avait auparavant, il faut bien le dire, mis le feu à l'écurie et aux six chevaux qui l'occupaient. Les aveux sont faits, la scène de crime et les indices corroborent la version des quelques témoins et de la coupable auto-proclamée. Pourquoi donc, alors, le shérif a-t-il l'impression tenace de détenir une innocente ? Walt se décide à aller sur le terrain afin de se baigner dans l'atmosphère de la petite bourgade siège des évènements et d'éclairer sa lanterne. Le pari est une gageure : une opération d'infiltration sous couverture dans un village de quarante âmes n'est pas à la portée de tout le monde...

J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de la prose et du monde de Craig Johnson. La rencontre avec l'individu en février dernier chez Dialogues n'a fait qu'augmenter chez moi le capital sympathie de cet auteur discret. Le titre original a été conservé parce qu'il n'a pas d'équivalent en français. Le "dark horse", c'est le challenger sur lequel personne n'aurait parié au départ. Suite à une petite anecdote relatée au début du roman, on voit pourquoi ce titre a été choisi. On retrouve avec plaisir les personnages des précédents romans de Johnson et leurs interactions, et on se laisse embarquer dans un récit relaté au fil d'allers-retours chronologiques entre la temporalité de l'arrivée de Mary Barsad à Absaroka et celle de l'enquête à Absalom, une semaine plus tard. Le shériff et son compère cheyenne développent la même séduction que dans les précédents romans, et les péripéties sont comme d'habitude relatées avec brio, et un sens du rythme qui rend impossible l'abandon du livre avant achèvement de lecture. Une belle humanité et un même goût pour la terre du Wyoming font de ce cru un excellent exemplaire de nature writing. Toujours dans la bonne veine, à essayer si ce n'est pas encore fait...

Marion Godefroid-Richert

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