La Fille du Hanh Hoa

Thomas BRONNEC

Rivages, 2012



"Pendant une guerre, à chaque nouvelle expérience, chaque nouvelle attaque, chaque combat, on apprend quelque chose sur soi. Et ce ne sont pas forcément des choses qu'on a envie de savoir." (Bestor Cram, ancien marine)

Vingt ans après la chute de Saïgon, devenue Hô-Chi-Minh-Ville, la police est appelée dans un hôtel miteux, le Hanh Hoa. Le réceptionniste vient de découvrir le client de la chambre 211, affaissé dans un coin de la douche, le visage ou ce qu'il en reste collé au mur, un révolver auprès de la main droite... La victime, William Benzel, est un ancien GI. Une jeune femme, Lê, qui se trouvait avec lui dans la chambre, s'est enfuie. Elle a sauté par la fenêtre, probablement paniquée en voyant ce que Benzel avait fait...

Pas question d'étouffer l'affaire. La mort d'un Américain, "une mort violente" qui plus est, n'est pas une mort comme les autres. Pour l'inspectrice Thanh Hieu chargée de l'enquête, il s'agit d'un suicide... "mais on ne sait jamais." Quant à James Beck, le consul américain, lui-même ancien GI, "il ne la sent pas cette histoire" : "Et s'il y avait un dingue qui se mettait à liquider tous les vétérans américains de la ville ?..."

C'est ainsi que commence le roman de Thomas Bronnec, qui, a priori, n'est pas un auteur de fiction. Il est chef des Informations à France-Télévisions. Bravo le Ti-Zef ! En effet, Thomas Bronnec est brestois, qu'on se le dise ! Son opus précédent, Bercy au coeur du pouvoir ? Enquête sur le ministère des Finances, écrit en collaboration avec Laurent Fargues, un ami d'enfance, avait connu un certain succès. Succès mérité, selon nous. Sa connaissance du Vietnam l'a inspiré pour écrire La Fille du Hanh Hoa. Thomas Bronnec connaît bien ce pays et cela se sent. Il y a vécu, réalisé de nombreux reportages et documentaires (sur le massacre de My Lai, par exemple).

Tout sonne vrai dans ce roman. Tout d'abord, le cadre. "Saïgon la putain", comme l'appelaient les troupes du Nord. Une ville insolente, bruyante, pétante de vie, folle et indisciplinée. Ensuite, les personnages. D'un côté, les Vietnamiens, chaleureux et besogneux, pour la majorité desquels la guerre semble terminée depuis longtemps, même si un petit nombre est encore à la recherche d'un deuil impossible et pense que les héros de la guerre ont fait place aux affairistes. Quant à certains jeunes (les jeunes filles en particulier), ils aspirent à "un ailleurs", en Occident... D'un autre côté, les "ông tây", les étrangers, ici les vétérans américains, poursuivis par leur mauvaise conscience, encore hantés par la guerre, "la sale guerre", la première perdue par leur pays.

Mais attention ! La Fille du Hanh Hoa n'est pas simplement le portrait ? très réussi ? d'une ville, d'un pays, d'un peuple... C'est également un roman (policier ? noir ?) aux personnages tourmentés, à l'intrigue solide, bien construite, "embrouillée à souhait". Un puzzle très habile qui tient le lecteur en haleine jusqu'au dernier chapitre...

J'ai beaucoup aimé ce roman sombre, grave, haletant, oppressant, intelligent et bien écrit. Et très dérangeant ! J'ai particulièrement apprécié ce plongeon dans le passé avec les vétérans américains pour qui la guerre, tapie au plus profond d'eux, est prête à surgir au moindre prétexte. Ce roman dépaysant et très original sera ? espérons-le ? suivi de beaucoup d'autres... même si a priori ? répétons-le ? Thomas Bronnec n'est pas un auteur de fiction.

Roque Le Gall

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