Les Violents de l'automne

Philippe GEORGET

Jigal, 2012



Gilles Sebag, lieutenant de la police criminelle de Perpignan, sait qu'il ne doit pas mélanger. Sa famille et son travail doivent être aussi étanches l'un à l'autre que possible. Mais il y a des cas de force majeure. Sa fille adolescente en grand deuil après la mort en scooter d'un de ses amis proches lui fait jurer de chercher tout élément pouvant faire la lumière sur les circonstances de l'accident à l'origine du décès. Il aura dès lors fort à faire entre des recherches discrètes autour du chauffeur ivre qui jure avoir voulu éviter une voiture folle dont personne d'autre ne se souvient et une enquête serrée sur le meurtre d'un vieux pied-noir siglé OAS.

Bernard Martinez, qui vivait seul dans un petit appartement a été retrouvé menotté à sa chaise avec un trou dans la tête. Pas de doute, il s'agit d'un meurtre. Et l'inscription sur le mur lie directement l'exécution au passé du rapatrié. Le policier va alors plonger dans une Histoire trouble, mal assumée par l'ensemble de la population française, mal connue des jeunes générations, mal vue par les autorités. Une enquête délicate au milieu de la pluie et des bourrasques de l'automne perpignanais.

Deuxième ouvrage de l'auteur, voilà un polar soigné sur un sujet difficile. Les personnages sont attachants, l'intrigue est menée avec fluidité, au rythme de flash-back qui éclairent sur le passé de la victime autant que sur un contexte historique peu exploré et peu illustré aujourd'hui dans la littérature grand public. Le mérite de l'auteur est autant à trouver dans le soin visible apporté à la documentation que dans le plaisir de lecture. Sur une trame classique, le récit est brodé avec une belle dextérité et on lit avec intérêt les tours et détours des élucubrations du policier, qui lui permettent de boucler son investigation avec succès. Tout cela sur une toile de fond pluvieuse certes (ce qui ne nous fait pas peur, à nous autres Bretons, n'est-ce-pas ?), mais enchantée par un contexte sudiste parfumé à la cuisine catalane qui titille les papilles. Encore un bon choix de Jigal, qui sait allier régionalisme et rigueur éditoriale.

Marion Godefroid-Richert

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