Mapuche

Caryl FEREY

Gallimard, 2012



Comme Roque et AnneCat, j'ai moi aussi aimé Mapuche. Pour son côté historique d'abord : j'avais oublié le bilan du pudiquement nommé "Processus de réorganisation nationale", proche des trente mille disparus ! Mais aussi les liens avec l'OAS, la bénédiction de l'église (un système d'élimination physique par avion, depuis lesquels on aurait jeté dans le vide les condamnés vivants et drogués afin de leur donner ainsi une "mort chrétienne" : une technique pas si éloignée des fameuses crevettes Bigeard !), les camps de concentration et d'extermination. Sans oublier les cinq cents bébés disparus et élevés par des couples stériles proches du pouvoir : et c'est là le coeur de Mapuche. Présentes aussi, les mères de la place de mai : association des mères argentines dont les enfants ont disparu et qui débutent leurs manifestations le 30 mai 1977. Les grand-mères, elles, tentent de retrouver les petits enfants kidnappés. Enfin, on apprendra des choses étonnantes sur l'action de United Colors, expulsant les Mapuches de leurs terres. Cette information peu connue, est reprise sur le net.

Le style de Mapuche est prenant, dynamique, relevé parfois de jolies tournures : "Eduardo l'avait cueillie à vingt ans comme une rose à peine éclose pour s'en faire une boutonnière et la gardait comme talisman d'un succès sans faille" ou encore "De loin, la femme de l'homme d'affaires pouvait passer pour une de ces vieilles beautés bronzées sous Lexomil combattant l'anorexie à l'American Express, de près c'était deux lèvres pincées débordées par un rouge à lèvres orange et un air vertical chargé de tenir le monde à distance." Le chapitre "Le cahier triste", place le lecteur dans la peau d'une victime des tortures pour lequel le seul choix est celui de mourir ou devenir fou !

Mapuche évoque aussi le monde des travestis dont Caryl Férey réalise une belle description en évoquant Miguel et son amitié pour Jana. Mapuche c'est encore l'amour entre deux rescapés : Ruben, détective des mères de la place de mai et Jana, la descendante des Mapuches, le peuple de la terre.

Une mini dose d'humour dans le choix des noms des animaux domestiques : le chat Ledzep ou le chien Gazoil. Mais il ne faudra pas espérer que ce soit la caractéristique essentielle du livre !

Mapuche c'est un bouquin prenant tant par son aspect humain que par sa plongée dans l'histoire récente de l'Argentine. Ils ont raison, Roque et Annecat : régalez-vous bien !

Marc Suquet

partager sur facebook :