Chem

Philippe DEBLAISE

Urubu, 2004
Préface de Claude Amoz



Chem regarde l'immeuble éventré. Enfant de la guerre, Chem est né à Beyrouth et a grandi dans la capitale libanaise dévastée par les bombardements incessants. Pour l'heure, il regarde un immeuble éventré. C'est là que son père lui avait promis qu'il aurait son appartement quand il serait grand et qu'il s'installerait dans la vie... Chem sait qu'il n'en sera rien. Son père est mort. Pour fuir les horreurs de la guerre, il aime souffler des bulles de savon grâce auxquelles il peut laisser libre cours à son esprit à son imagination, prend place à l'intérieur de l'une d'elles et se laisse emporter. Il y a de la place dans la bulle de Chem. Il n'y sera bientôt plus seul. D'autres enfants, eux aussi victimes de la folie et de la barbarie des hommes, Alphonse le Rwandais, Moussa l'Algérien, Kieran l'Irlandais de Belfast, Nashepei, l'enfant métis issu d'une ethnologue blanche et d'un guerrier Masaï dont le village est situé au nord de la Tanzanie, viennent le rejoindre dans l'abri fragile, pour mêler leurs rêves d'un avenir meilleur et leur triste quotidien aux siens, des enfants qui ont vécu des traumatismes impossible à effacer, des enfants qui savent ce que sont la souffrance, la peur et l'injustice, des enfants qui n'ont du monde que des images de mort et de désolation... La bulle voyage et les enfants découvrent le monde ; ils se racontent, évoquent leurs parents, leur famille, disent ce à quoi ils pensent quand ils rêvent, observent et analysent les scènes qui défilent sous leurs yeux, s'étonnent souvent, s'émerveillent parfois et apprennent l'amitié...

Entre onirisme et réalisme, Chem est un roman sombre mais non dénué d'espoir, un roman qui prend aux tripes, un roman original, vrai et bouleversant, porté par une très belle écriture, simple, dépouillée, un style sec et nerveux, des dialogues qui sonnent juste, un roman empreint de poésie qui ne peut laisser personne indifférent. Pas de pathos, rien de larmoyant, pas une once de voyeurisme déplacé, beaucoup de retenue, de non-dits, de sous-entendus. Le propos de Philippe Deblaise n'en est pas moins fort, lucide, émouvant dans sa dénonciation des dégâts occasionnés sur les plus faibles et les plus exposés par les conflits armés qui endeuillent notre monde. Les enfants dont il est question ici sont comme toutes ces populations civiles fragilisées qui subissent au premier chef les terribles conséquences des guerres, ils souffrent de la violence des adultes. Le livre de Philippe Deblaise parle en leur nom, mais il ne changera malheureusement rien à leur sort. Souhaitons néanmoins qu'en grandissant ces enfants ne reproduiront pas le modèle de leurs parents ! A lire, donc !

MGRB

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