Mapuche

Caryl FEREY

Gallimard, 2012



"Un disparu, c'est quelqu'un qui n'est pas là, et à qui on parle." (p. 97)

"Elena luttait parce qu'un pays sans vérité était un pays sans mémoire." (p. 425)

Dès la conquête espagnole, les Mapuches, "le peuple de la terre", ont été massacrés, asservis, parqués dans des réserves. Ces " parias" représentent aujourd'hui 3 % de la population argentine. Jana, 28 ans, est une Mapuche. Désireuse de s'intégrer, elle a quitté les siens pour vivre à Buenos Aires où elle est à présent sculptrice.

Rubén Calderon, 47 ans, est un rescapé des geôles de la dictature. Ancien journaliste devenu détective, il a mis ses talents au service des grand-mères de la place de Mai, "les folles de la place de Mai", et s'est spécialisé dans la traque des anciens bourreaux et la recherche des disparus.

L'assassinat de Luz, un travesti qui se prostituait avec Paula, "l'amie" de la sculptrice, et la disparition d'une photographe, fille d'un notable lié au pouvoir, vont provoquer la rencontre puis la collaboration de Jana et Rubén, deux êtres qui, a priori, n'auraient jamais dû se rencontrer...

Ce vendredi 16 novembre, j'ai le sentiment d'arriver quelque peu "après la bataille". Tout a déjà été dit à propos du dernier roman de Caryl Férey. Après Zulu, roman choc aux multiples récompenses - fort méritées -, il a fallu patienter quatre longues années pour les fidèles lecteurs de ce romancier talentueux, dont je fais partie, pour voir enfin la parution de Mapuche. Je n'ai pas été déçu. On a beau s'y attendre... le choc a été tout aussi violent, peut-être plus violent encore...

A nouveau, Caryl Férey nous propose un roman très noir, très très noir, avec des scènes à la limite du soutenable ("Je vide un peu mes poubelles dans mes livres..."), mais, chez lui, aucune fascination pour le mal, la violence n'est jamais gratuite... Un roman intense, haletant, poignant, bouleversant, époustouflant, foisonnant, lyrique, épique et sombre. Un roman à la fois géographique, historique, social, politique, remarquablement documenté. Comme dans Zulu, il nous brosse le portrait d'un pays. C'est son côté anthropologiste ("J'aime bien parler d'anthropologie..."). Ce roman, d'une force rare, au style nerveux et décapant, aux dialogues tout particulièrement soignés, est aussi une histoire d'amour : "Au départ, je veux toujours écrire une histoire d'amour..." (Caryl Férey, librairie Dialogues, Brest, mercredi 11 juillet 2012)

Et quelle histoire d'amour !

Une histoire d'amour entre deux "fantômes", brisés par la vie, dans une Argentine moderne encore traumatisée par son passé de dictature, sans oublier la terrible crise économique dont le pays se relève à peine. Une histoire d'amour entre Jana et Rubén, deux êtres magnifiques que l'auteur aime... et nous fait aimer. "Le métier du romancier, c'est avoir de l'empathie..." déclare Caryl Férey. Le nombreux public venu à sa rencontre, à la librairie Dialogues, a immédiatement été sous le charme, pendant près d'une heure trente, d'un homme de conviction, aux idées bien arrêtées et qui pousse, comme personne, le roman noir dans ses dernières extrémités. Un homme sympathique, généreux, à la gentillesse communicative.

Son prochain roman devrait se dérouler au Chili. Il y sera encore question de Mapuches. Retour de l'auteur au Chili, prévu en mars 2013, pour une rencontre avec les Mapuches... Cette fois-ci, il a promis de faire "vite"... Le nouvel opus devrait paraître en 2015 ! Wait and see ! A propos de Mapuche enfin, je citerai la conclusion d'un article élogieux de François Busnel : "Un chef d'oeuvre !"

Pas mieux !

Roque Le Gall

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